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Critiques / Théâtre

L’Inattendu

par Marie-Laure Atinault

Un long chant d’amour et de désespoir

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Une femme seule, désemparée. Elle est en manque. En manque d’amour. De son amour, de son chou, son tigre, l’homme qu’elle aimait, qu’elle aime et qui est mort. Elle n’a pas fait son deuil. Elle est aspirée par cette douleur indiscible. Liane souffre, s’abandonne, se laisse aller jusqu’à la négligence. Liane s’invective, elle arme sa lutte pour sortir de ce désespoir noir comme la mort de son amant.

Le texte de Fabrice Melquiot est une succession de fenêtres sur la vie de Liane. Elle les ouvre une à une pour respirer, elle qui vit en apnée depuis trop longtemps. Une fenêtre s’ouvre comme son voyage initiatique en Afrique : un continent ravagé par des massacres et des combats fratricides. Un continent où la vie et la mort sont suspendus au fil tenu de l’inattendu.

Huit actes, huit couleurs

Fabrice Melquiot a composé son texte en huit petits actes portant le nom d’une couleur. Le noir du deuil commence, le blanc du renouveau finit. Entre des couleurs qui réveillent des souvenirs anciens : le bleu de Prusse, le rouge Saturne. Dans la chambre de Liane, chaque objet a sa signification. Ils sont disséminés et prennent leur ampleur selon les jeux de lumière. Les flacons de huit couleurs différentes marquent ce jeu de piste des émotions. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse du souvenir, de la révélation. La bande son donne la couleur du monde environnant, d’un monde de guerre et de ces bruits, ces bribes de musique évocatrices d’un moment précis. L’Inattendu est un long chant d’amour et de désespoir.

Une émotion à fleur de peau

Eléonore Gratton a eu un coup de foudre pour ce texte. Elle souhaitait y revenir, s’arrêter, le renifler, le respirer pour nous l’offrir avec une émotion à fleur de peau, avec le râle du désespoir.
Brontis Jodorowsky signe une mise en scène à travers laquelle sa sensibilité de comédien est palpable. Si la mise en scène et la direction d’acteur ne définissent pas tout à fait la même chose, cela repose sur l’accompagnement de l’acteur qui déambule parfois dans le texte à la manière d’un somnambule. Brontis Jodorowski parle de l’actrice et de son chien d’aveugle. Il faut éviter les égarements. Tout le travail est ici d’une grande sobriété. Chaque chose, chaque détail a été pesé au plus juste. L’Inattendu est une brillante réussite de toute une équipe artistique qui offre un spectacle sensible et émouvant.

L’Inattendu, de Fabrice Melquiot, mise en scène de Brontis Jodorowsky, musique d’Edouard Ferlet, avec Eléonore Gratton. Studio de Charenton, à Charenton (94), jusqu’au 27 mai 2006, le vendredi et samedi, à 21h.

Photographie : Elisabeth de Sauverzac

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