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Critiques / Théâtre

L’Avenir, seulement de Mathieu Bertholet

par Gilles Costaz

Cérémonie pour Rosa

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Auteur et metteur en scène suisse, Mathieu Bartholet change de forme selon le spectacle qu’il prépare. Evoquant la révolutionnaire allemande Rosa Luxembourg, il choisit l’esthétique du fragment et de la démultiplication. A partir de textes que Rosa Luxembourg a écrits ou qui la concernent, il a composé pour L’Avenir, seulement 488 fragments : des bribes lâchées dans le désordre, qui se réfèrent au combat révolutionnaire, au militantisme, aux différents emprisonnements, à de grandes émotions, à des interrogatoires, à la mort violente de Rosa… Ces morceaux, Mathieu Bertholet les a répartis entre ses acteurs et a fait jouer les mêmes rôles à plusieurs d’entre eux. Ainsi y a-t-il six actrices qui jouent, ou plutôt dessinent, Rosa, non pas dans sa continuité, mais dans une perpétuelle discontinuité. Il en est de même pour les autres personnages. Les comédiens peuvent même, dans un esprit d’autogestion lié à l’héroïne, décider eux-mêmes ce qu’ils jouent chaque soir. A voir la façon dont le spectacle se déroule, on doute que les comédiens le reconstruisent à chaque fois. Il y a là une maîtrise, une chorégraphie des déplacements, une pure ligne esthétique où l’interprète ne semble pas pouvoir beaucoup modifier ce qui a été programmé, trop attaché qu’il est à la beauté des signes qu’il produit.

Si le martèlement d’un texte cassé et répétitif peut laisser indifférent (mais il devient peu à peu musique), la représentation est tout à fait fascinante car le théâtre redevient ce qu’il a souvent cessé d’être depuis les origines : une cérémonie. Aux deux côtés de l’immense parallélépipède de Gennevilliers est installé un groupe de spectateurs, assis autour d’un escalier. Les acteurs descendent d’un côté l’escalier, traversent l’immense espace et, de l’autre côté, montent l’escalier opposé, avant de repartir dans le sens opposé : pendant tout ce temps, ils disent leurs textes et utilisent une gestuelle très précise, donnant à chaque côté un spectacle perçu sous un angle différent. L’espace lui-même est comme un interminable hall où s’alignent des tables, dans un climat fantomatique d’on ne sait quel temps. L’action pourrait être mécanique, mais ces déplacements se renouvellent, des jeux parallèles interviennent, la vie et la pensée de Rosa (la politique, la persécution, l’exploitation sexuelle de la femme) se décomposent et se recomposent en flashes et en courtes scènes.

La troupe flirte avec la danse sans la pratiquer : elle manie un vrai langage original, très théâtral et physique. Tout cela pourrait faire penser au Jan Fabre des débuts et à certains Pina Bausch. Mais Bertholet suit sa ligne à lui, manifestement nouvelle, donnant l’impression – peu banale ! - que cet artiste et son équipe pourraient faire souffler en Europe un souffle de plus en plus neuf.


L’Avenir, seulement, texte et mise en scène de Mathieu Bertholet, scénographie de Sylvie Kleiber, costumes d’Anna Van Brée, lumières de Frédéric Lombard, son de Jennifer Bonn, avec Frédéric Baron, Léonard Bertholet, Valentin de Carbonnières, Blandine Costaz, Baptiste Coustenoble, Thibaut Evrard, Roberto Garieri, Fred Jcot-Guillarmod, Niss Kashani, Nora Steinig, Catherine Travelletti.

tél. : 01 41 32 26 26, jusqu’au 29 janvier 2011 (durée : 1 h 45)

T2G, Théâtre de Gennevilliers.

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