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Critiques / Opéra & Classique

L’AFFAIRE MAKROPOULOS de Leos Janacek

par Caroline Alexander

Du théâtre à l’opéra et au cinéma, l’immortalité des monstres sacrés

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Reprise réussie de l’une des productions marquantes programmée en 2007 par Gérard Mortier, alors directeur de l’Opéra National de Paris, sous la signature de l’insaisissable metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. L’Affaire Makropoulos, avant-dernier opéra du compositeur tchèque Leos Janacek (1854- 1928), faisait ainsi son entrée dans le répertoire de la maison.

Angela Denoke y incarnait une superbe Emilia Marty, sa singulière héroïne, âgée de 337 ans, cantatrice adulée depuis trois siècles par l’effet d’un philtre d’immortalité qu’un aïeul, médecin alchimiste, lui a fait absorber. Deux ans plus tard, Denoke reprenait le rôle et ses doubles cinématographiques imaginés par le metteur en scène (voir WT 1150 du 1er mai 2007).

Aujourd’hui la soprano allemande Ricarda Merbeth lui succède et remporte un beau succès grâce à la plénitude de son chant, à sa voix riche et profonde et à la densité de sa présence. Contrairement à nombre de reprises mises en place par des assistants, Warlikowski a lui-même remis sa réalisation sur des rails, transportant images et personnages dans les fantasmes de son monde, et, semble-t-il, encore plus près de la musique.

On retrouve avec une sorte de familiarité les extraits des films de Billy Wilder – de Sunset boulevard à Certains l’aiment chaud, en passant par Sept ans de réflexions – Marilyn et sa jupe soufflée sur la bouche d’un métro, Gloria Swanson, Bette Davis…les icônes d’un cinéma qui a rendu immortels ses monstres sacrés. Comme Emilia Marty, alias Eugenia Montez, Ekaterina Myshkina, Elsa Muller, Eliane Mc Gregor ou Elina Makropoulos, la première de la lignée de ces divas aux initiales E.M., toutes cantatrices adulées, belles à damner Satan et froides comme l’éternité.

A 71 ans Janacek rêve encore de passion amoureuse et met en livret et musique une pièce de théâtre de son contemporain Karel Capek (1890-1938). A la fois tragi-comédie et polar, elle navigue sur tous les possibles, s’interroge sur le néant de l’existence qui n’a de prix que si elle a une fin. Emilia Marty en sait quelque chose, elle est à Prague officiellement pour chanter mais en réalité pour se mêler d’un procès vieux d’une douzaine de décennies à propos d’une ténébreuse affaire de succession. La cantatrice qui a déjà vécu tant de vies connaît les dessous de l’affaire et elle sait que s’y trouve le secret de la formule qui l’a condamnée à errer à jamais dans une existence sans fin.

Stéphane Braunschweig à Aix-en- Provence, Robert Carsen à Strasbourg ont doté cette très étrange histoire, de visions plutôt épurées (voir WT 2771 du 11 avril 2011). Warlikowski préfère la charge, une poésie en mouvements gonflée de symboles : au rendez-vous d’Emilia Marty avec la mort, il convie une horde de réincarnations où King Kong tend sa patte géante à la blonde Marylin, où la rousse Rita Hayworth joue les séductrices assassines… Les obsessions, les manies de Warlikowski signent son imaginaire sous les formes désormais connues de lavabos, baignoires et toilettes publiques où les orgasmes s’enchaînent au ras des pulsions. Mais il a simplifié son propos, le déroulement des images semble plus fluide tandis que sa direction d’acteur reste magistrale.

Vincent Le Texier reprend le rôle qu’il créa en 2007 avec une belle maturité, Jochen Schmeckenbesser, Andreas Conrad, Atilla Kiss-B , tout comme la jeune mezzo Andrea Hill dans le rôle de l’apprentie chanteuse qui rêve de succéder à son idole chantent et jouent avec la même conviction.

Mais la grande réussite de cette reprise sort de la fosse où la chef finlandaise Susanna Mälkki, directrice musicale de l’Ensemble Intercontemporain depuis 2006, fait jaillir la musique de Janacek avec autant de précision que de légèreté. En Intensité et raffinement, l’orchestre de l’Opéra atteint des sommets d’émotion. La blonde et fine Mälkki a tout compris.

L’Affaire Makropoulos/Vec Makropulos de Leos Janacek livret du compositeur d’après la comédie de Karel Capec. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Susanna Mälkki, chef de chœur Alessandro di Stefano, mise en scène Krzysztof Warlikowski, décors et costumes Malgorzata Szczesniak, vidéo Denis Guénoun, lumières Felice Ross. Avec Ricarda Merbeth, Attila Kiss-B, Vincent Le Texier, Jochen Schmeckenbesser, Andreas Conrad, Andrea Hill, Ladislav Elgr, Ryland Davies .

Opéra Bastille les 16, 19, 24 & 30 septembre, le 3 octobre à 19h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 79 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Mirco Magliocca

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