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Critiques / Théâtre

Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos

par Gilles Costaz

Solitude d’un prêtre

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De temps à autre, un acteur prend le risque d’incarner à la scène le curé de Bernanos. Le ton de la confidence faite à personne d’autre qu’un journal intime s’y prête. Mais encore faut-il atteindre à la brûlure intérieure du personnage, ne pas effacer la foi sauvant du désespoir un être dont la vie est surtout vouée à la solitude, à l’incompréhension et à la mort. Thierry Fortineau y était parvenu superbement à ses débuts : il s’était révélé dans ce texte, à l’orée de sa carrière météorique. A présent, Maxime d’Aboville porte les mêmes mots. Il les dit, les joue, les murmure avec moins d’éclat et de sonorité. En soutane, dans une pièce qui ne comporte qu’un crucifix, une table, une chaise et un prie-dieu, l’acteur s’approprie profondément cette destinée : l’amitié difficile avec les autres membres du clergé, le respect d’une hiérarchie souvent indifférente à ses obscurs défenseurs venus du bas de l’échelle, les difficiles moments de la confession, l’errance du malade passant du cabinet d’un médecin à un autre. Car le jeune curé vient d’un milieu défavorisé ; il est ravagé par l’alcoolisme de son père et sa pauvre alimentation, férocement rongé de l’intérieur…
Alors que tant de transpositions d’œuvres littéraires suintent l’ennui des récitations monocordes ou appuyées, le spectacle de Maxime d’Aboville prend doucement le spectateur dans le vertige banal et fraternel du prêtre aimant et mal-aimé. Dès les premières minutes, on y est : ce local si dépouillé, ces yeux fiévreux et fatigués, cette soutane de pauvre pécheur et de mauvais prêcheur, ce timbre douloureux mais jamais plaintif, ce sens des choses concrètes et des émotions les plus communément partagées… D’Aboville rejoint les meilleurs interprètes du rôle, avec un art fait de simplicité toujours sous tension.

Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos, adaptation et interprétation de Maxime d’Aboville. Théâtre des Mathurins, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Tél. : 01 42 65 90 01. Durée:1h 15.

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