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Critiques / Opéra & Classique

JOURNAL D’UN DISPARU de Leos Janácek / LE CHÂTEAU DE BARBE BLEUE de Béla Bartók

par Caroline Alexander

Court, beau et envoutant

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C’est le plus court des spectacles d’opéras que l’on puisse voir en ce début d’année, le plus beau et le plus envoûtant. Juxtaposés par le chef d’orchestre autrichien Gustav Kuhn, Journal d’un Disparu de Leos Janácek et Le château de Barbe Bleue de Béla Bartók sont magnifiquement mis en images, en lumières et en tension par les Catalans de la Fura Dels Baus et le peintre plasticien Jaume Plensa.

Solitude sans retour

Le rideau s’ouvre sur le Janácek qui n’est pas un opéra mais un « cycle de 22 chants pour ténor, alto solo et voix de femmes » écrit à l’âge de 68 ans alors que le compositeur rêvait d’un amour de passage. L’œuvre, écrite pour un accompagnement de piano seul se trouve ici élargie à un orchestre qui sert de passerelle au Bartok qui lui fait suite. L’orchestration opérée par Gustav Kuhn donne certes du volume et de l’ampleur à la partition, mais il la prive d’une dimension intime, de son âpre désespérance. De « L’homme », personnage pivot que le ténor Michael König s’approprie en sombre beauté, seul émerge la tête à la manière de la Winnie de « Oh les Beaux Jours » de Samuel Beckett. La Gitane, héroïne récurrente des théâtres parlés ou lyriques des XIXème ou début XXème siècles, devient une exilée des pays de l’Est tombée dans la prostitution, suggérée en mini-jupe et talons aiguilles par la mezzo soprano tchèque Hannah Esther Minutillo. Des voix de femmes jaillissent d’une loge latérale, des corps nus rampent à même le sol formant un ballet irréel qui condamne. « L’homme » à une solitude sans retour. Cette mise en austérité répond en profondeur à la détresse de la musique de Janacek et devient l’axe naturel qui mène, sans entracte au Château de Barbe Bleue, l’unique opus lyrique de Bartók.

Voyage initiatique vers la connaissance

La voix rocailleuse du comédien Maurice Bénichou égrène en français, un poème en forme de prologue qui s’achève par l’invitation à « lever le rideau de nos cils sur le spectacle. D’emblée on plonge dans un palais des songes où dégringolent les grands escaliers du Palais Garnier, les ors et les pourpres de son foyer, sa statuaire, ses ombres... Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus en ont filmé des images nocturnes où erre une femme échevelée en robe blanche. Par moments les caméras captent en direct son visage, le mouvement de ses lèvres implorant son taiseux d’époux dont la silhouette massive s’imprime en fond de scène.

Autant de visions de cauchemar éveillé qui s’échappent comme en écho à la quête d’amour, de vérité et d’absolu de cette femme qui va, au prix de sa vie, percer les secrets de l’homme qu’elle vient d’épouser. Voyage initiatique vers la connaissance à travers sept portes qui s’ouvriront l’une après l’autre sur des mystères inavoués : salle d’armes, chambre de torture, trésor et prison de femmes....
Béatrice Uria-Monzon fait sien le destin tragique de Judith, amante éperdue, femme assoiffée de savoir, elle virevolte comme une plume au vent d’une tempête, voix placée au plus juste, projection impeccable et, qualité plus récente, diction lisible...Présence magnétique, timbre chaud comme pain sortant du four, Willard White incarne l’ogre Barbe-Bleue avec une humanité poignante. Et Gustav Kuhn, dans la fosse, enlumine l’orchestre des accents si singuliers que Bartok, le Hongrois, le Magyar tira des musiques traditionnelles de son pays.

Journal d’un disparu de Leos Janácek & Le Château de Barbe Bleue de Béla Bartók - Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Gustav Kuhn, conception, mise en scène et décors Jaume Plensa avec Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus. Avec Michaël König et Hannah Esther Minutilla ; Maurice Benichou, Willard White et Béatrice Uria-Monzon. Opéra National de Paris - Palais Garnier, les 26,28,30 janvier, 4,6,8,13,16 février à 20h. - 08 92 89 90 90

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