Accueil > Interruptus, ou l’empêchement

Critiques / Théâtre

Interruptus, ou l’empêchement

par Jacky Viallon

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le titre de la pièce - Interruptus ou l’empêchement - est justifié puisque l’auteur russe Daniil Harms, dont l’écriture se situe entre 1922 et 1940, a été gravement empêché d’écrire : interdit de publication, détentions fréquentes, puis finalement interné en hôpital psychiatrique en 1941 pour y être exécuté en 1942. Heureusement, ses manuscrits ont été sauvés puis édités beaucoup plus tard : à partir de 1971 en Grande Bretagne et seulement en 1988 en URSS.
Le spectacle rassemble des petits textes courts qui n’ont pas forcément de lien entre eux. Comme le déroulement d’une vie : au hasard des rencontres. D’ailleurs le spectateur choisit lui-même les sujets par tirage à partir d’une petite valise qu’on lui tend. Chaque séquence est comme une parabole, qui laisse apparaître, en toile de fond, la présence oppressante du régime totalitaire. Ce qui est remarquable dans ce spectacle, ce sont les deux plans de lecture qu’il offre : de prime abord un théâtre de l’absurde proche de Dada et des surréalistes. On pense à Jarry, Vitrac, Picasso ou Satie dans la facture. En arrière plan, on voit se profiler grâce au jeu subtil des comédiens, la tension idéologique et politique sous-jacente.

Une étonnante souplesse de jeu

En fait rien n’est explicite, et c’est grâce à la mise en scène intelligente que cet aspect est mis en valeur. Pour ce faire, les comédiens ont une souplesse de jeu assez étonnante. Ils sont capables de passer d’une ambiance à une autre, nous entraînant dans une spirale dont on ne saisit plus le fond. Emportés dans le gouffre des images et des abondances d’allusions on se laisse agréablement phagocyter, incruster dans ce spectacle kaléidoscopique. Il faut dire qu’il faudrait une sacrée froideur pour rester insensible aux charmes naturels et dangereusement modestes des deux comédiennes Karine Adrover et Patricia Thibault. Quant aux deux garçons Alexis Perret et Raphaël Potier, ils ne manquent pas non plus d’efficacité et de talent. Claude Bazin signe une mise en scène brillamment singulière, réussissant même la prouesse d’avoir recours à des fragments narratifs, ce qui relève d’un exercice théâtral délicat. Avec la complicité de son équipe, il fait vibrer les cris et les silences de ce grand texte, demeuré bien trop longtemps étouffé.

Interruptus ou l’empêchement, de Daniil Harms, mise en scène Claude Bazin avec : Karine Adrover, Alexis Perret, Raphael Pottier, Patricia Thibault. Chorégraphie : Sandra Zuniga . Lumières : Lcile Garric. Costumes : Clémentine Darros Schook. Lavoir Moderne Parisien. 35 rue Léon, Paris 18e. Jusqu’au 14 octobre, du mardi au vendredi à 21 h. Tél : 01 42 52 09 14.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.