Accueil > Festival de Radio France et Montpellier

Critiques / Festival

Festival de Radio France et Montpellier

par Caroline Alexander

Montpellier, rendez-vous des musiques disparues

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Il se passe toujours quelque chose au Festival de Radio France et Montpellier. Cela fait 23 ans que René Koering, grand chineur de partitions oubliées et patron de la rencontre, offre aux amateurs et aux curieux les saveurs de musiques pas ou peu connues. Avec des bonheurs divers.

La venue de la Deutsche Oper de Berlin a fait figure d’événement pour le coup d’envoi de l’édition 2007. Orchestre solide et réputé invité ici dans un répertoire taillé aux mesures de l’Allemagne. Carmina Burana, les célèbres cantates païennes de Carl Orff dont la virilité martiale plaisait, paraît-il, au Führer, furent présentées en version scénique pour l’ouverture. Suivies par Germania d’Alberto Franchetti, un opéra patriotique et historique créé en 1902 à la Scala de Milan. Et resté depuis en sommeil.

Solistes placés derrière l’orchestre

On aurait préféré l’inverse. Entendre les Carmina Burana en version de concert, ces chants choraux bâtis autour de thèmes mais sans véritable histoire à raconter se suffisant à eux-mêmes ; et assister visuellement aux amours et aux guéguerres cette Germania épique pour tenter d’en dénouer les fils et d’y comprendre quelque chose. D’autant que la version de concert présentée ajoutait à l’opacité de l’oeuvre celle de son exécution : les solistes, placés derrière l’orchestre, étaient coincés entre les derniers rangs des bois et des cuivres et les choristes empilés sur une estrade. Les têtes de ceux et celles qui chantaient un air en solo émergeaient en fond de scène comme des confettis. Pour les distinguer il aurait fallu s’armer de jumelles…

La musique patchwork de Franchetti

Même l’écoute était brouillée, la vigueur de l’orchestre couvrant parfois leurs voix. Certaines pourtant possédaient charme, aplomb et bonne projection comme celle de Gustavo Porta dans le rôle principal de Federico Loewe, remplaçant au pied levé le ténor Carlo Ventre déclaré souffrant, celle, un rien acide de Manuela Uhl, ou encore celle du baryton français Guillaume Antoine. Ils ne sont en cause dans l’échec de la soirée. Sans personnalité, la musique de Franchetti ressemble à un patchwork d’influences croisées, celle de Wagner bien sûr, mais aussi celles de ses contemporains d’Italie
 : Puccini en tête, aprémenté d’ un zeste de Verdi, un bout de Mascagni ou Leoncavallo. Le pire venant toutefois du livret et de toutes les absurdités qu’il véhicule, un livret concocté par le librettiste de Puccini, Luigi Illica à la gloire d’une Allemagne se débarrassant de l’envahisseur Napoléon Bonaparte. Autour d’une obscure intrigue amoureuse à trois têtes, c’est avant tout l’hymne aux guerriers qui se précipitent dans la mort car l’éternité leur est promise… Les résonances de ce type de credo peut donner des frissons. La salle comble en début de soirée, a vu de nombreux rangs désertés après l’entracte.

La cantate de Carl Orff servie tambour battant

Carmina Burana, la veille, n’avait découragé personne et remporté un joli succès malgré un lever de rideau inutile, composé d’extraits de manuscrits médiévaux qui auraient trouvé leur place dans un concert de musique de chambre, mais qui, exilés en avant-scène sur un plateau en guingois, perdaient son et saveur. Les chanteurs de Musica Nova, pris au piège de la scénographie, n’y pouvaient mais.

Après ce hors d’œuvre, le plat de résistance n’a pas déçu. Musicalement la cantate de Carl Orff fut superbement servie par l’orchestre de la Deutsche Oper dirigé tambour battant par Tomas Netopil. Les parties « martiales » furent enlevées au galop, les plages poétiques de jubilation amoureuse manquaient en revanche d’apaisement. La mise en images signée Götz Friedrich, metteur en scène allemand de renom, disparu en 2000, date en réalité d’une douzaine d’années et illustre les tendances érotico-grotesques à la mode outre-Rhin. Tableaux en valse hésitation entre Les Damnés de Visconti et l’expressionnisme de style Egon Schiele, avec en prime, des démonstrations appuyées d’intimité, du strip-tease à l’acte amoureux… Beuveries de taverne ou copulation, ici on a pris l’habitude de mettre les points sur les « i ». Une danseuse acrobate époustouflante, Beate Vollack, la soprano Ditte Anderson au look de vamp et aux aigus aériens, Jörg Schöner le ténor et Markus Brück le baryton. Des clowns, des acrobates et les enfants d’Opéra Junior ont fait tourner les pages de ce Carmina revu et brodé en bande dessinée trash.

L’heureuse politique des concerts gratuits

D’autres musiques-surprises jalonnent le festival, tel ce Duc d’Albe de Donizetti enfin reconstitué dans sa version d’origine, un oratorio de Gian Francesco de Mayo dit « Ciccio » ou une cantate de Serge Tanaiev, à côté d’œuvres compositeurs d’aujourd’hui exécutées pour la première fois.
L’un des atouts du festival réside dans son heureuse politique de concerts gratuits, autre idée fixe de René Koering qui chaque été, remporte la palme de la popularité. Là aussi la diversité des genres est de rigueur. Des curiosités quasi ethniques avec les Divertissements chinois importés à la fin du 18ème siècle par des Jésuites musiciens comme le père Joseph Marie Amiot. L’ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade les fit entendre en alternance avec des baroqueux d’Europe ayant fréquenté la Chine, Teodorico Pedrini ou Michel Blavet. La place va aux jeunes talents, du violoncelle avec le jeune Alexander Pouvlov, du violon avec Pauline Reguig… A 12h30 et à 18h les portes de la salle Pasteur du Corum se ferment sur des salles pleines de fans fervents.

La fidélité est l’autre marque de fabrique signée Koering, Aldo Ciccolini, le magnifique, l’homme qui ne fait qu’un avec son piano, revient à Montpellier pour y fêter ses 82 étés. Gérard Depardieu avec Evgueni Kissin, Roberto Alagna, Nelson Freire, Fazil Say, les sœurs Labèque, Jean-Paul Scarpitta pour une nouvelle mise en scène de Don Giovanni ont tous, entre autres, répondu présents au rendez-vous 2007..Dernière innovation de taille, pour la première fois le festival opère une incursion dans le monde du cinéma le samedi 21. Une journée dédiée à Francis Ford Coppola en personne, en expos, projections et… musique.

Festival de Radio France et Montpellier – du 11 au 28 juillet –
Renseignements – réservations : 04 67 02 02 01 – www.festivalradiofrancemontpellier.com

Crédit photos : Marc Ginot

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.