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Critiques / Festival

Festival d’Avignon

par Dominique Darzacq

La vitrine des formes

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« Choisir deux artistes associés est une manière de multiplier les points de vue » expliquent les deux directeurs du festival d’Avignon qui, en invitant la comédienne Valérie Dréville et le metteur en scène italien Romeo Castellucci ont placé cette 62e édition sous la loi des contraires. Pour Romeo Castellucci, fondateur de la Societas Raffaello Sanzio, la scène est le lieu d’un langage spécifique où se croisent toutes les expressions artistiques, où l’image et le son priment sur le dire, il s’agit pour lui « de produire du sens dans le regard du spectateur ».
Par son parcours aux côtés d’Antoine Vitez, de Claude Régy et surtout d’Anatoli Vassiliev, Valérie Dréville est au cœur d’un théâtre du verbe

De rêve en rêve

Celui de Claudel qui oblige l’acteur « à chercher en soi la part animale, instinctive qui va plus vite que la pensée » la fascine et être l’Ysé du Partage de midi est un rêve qu’elle réalise pour Avignon. La pièce est présentée à partir du 4 pour toute la durée du festival à la Carrière Boulbon, lieu ample et magique, propre à être la chambre d’écho d’une langue chauffée à blanc et incandescente des passions qui emportent les personnages.
En s’emparant de cette œuvre fondatrice qu’est La Divine comédie de Dante, c’est un rêve d’adolescent que concrétise Romeo Castellucci qui, « pour retrouver la géométrie dramaturgique de Dante, préserver l’aspect traversée de l’œuvre », monte les trois parties dans trois lieux différents. Tout commence avec l’Enfer dans la Cour d’Honneur du Palais des papes, lieu singulièrement adéquat si l’on songe que Dante écrivit son long voyage onirique à l’époque où se construisait le Palais des papes, qu’il y fait allusion à Clément V qui fit d’Avignon la cité des papes.

Le verbe et la forme

Puisque comme le dit Valérie Dréville, « l’artiste associé ne construit pas le programme mais l’inspire », c’est autour de la recherche formelle et du verbe que se déclinent les quelques 35 spectacles à l’affiche. Parmi ceux ci, Hamlet de Shakespeare dans la mise en scène du berlinois Thomas Ostermeïer qui allie avec un bonheur rare le classicisme et le contemporain.(Cour d’honneur), Seuls de Wajdi Mouawad, auteur à la parole brûlante et déchirée (Gymnase Aubanel).
A voir aussi, le travail d’Arthur Nauzyciel, directeur du CDN d’Orléans sur Ordet (la parole). Une pièce écrite en 1925 par Kaj Munk, pasteur danois qui, à travers l’histoire d’une famille confrontée à la résurrection d’une femme morte en couches, nous interroge sur le doute et la croyance et pose la question éminemment théâtrale du visible et de l’invisible (Cloître des Carmes).
Avec La Pescade l’Argentin Ricardo Bartis, un autre habitué du Festival, il sera question de la déshumanisation galopante qui frappe nos modernes sociétés.(Gymnase Paul Giera)
A voir encore cet insolite et inquiétant Airport Kids de Lola Arias et Stéphane kaegi dans lequel « des enfants portables » qui suivent leurs parents au gré de leur emploi de cadre dans les multinationales et n’ont plus ni patrie, ni terre d’accueil racontent leur histoire et leur espoir(Lycée Mistral). Et comment ne pas être curieux de cette liaison inattendue entre la chorégraphe Mathilde Monnier et la super star pop Philippe Katerine (Cour d’honneur) ;
A travers la variété des approches artistiques, le Festival invite le public à être le témoin de l’évolution des formes et s’affirme davantage comme une vitrine européenne des arts de la scène, que comme espace festif de confrontation.

Le off aussi

Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, sans le chaos et le tohu-bohu du off, le festival d’Avignon perdrait de son originalité voire une partie de son âme. Excroissance cancéreuse ou queue de comète, il reste le miroir aux alouettes d’artistes et de compagnies qui n’ont parfois que ce rendez-vous pour se faire entendre et, qu’on le veuille ou non, reste une fête pour le festivalier. Chaque année, on voit grossir les effectifs. De 120 en 1980 ce qui semblait exorbitant, on est passé à 1000 aujourd’hui. Conscient que le chaos menace d’engloutir la barque, certaines compagnies se regroupent par régions, certains lieux pionniers, comme La Chapelle du verbe incarné, Le Chien qui fume ou encore Le Petit Louvre, cherchent par la qualité à se donner une identité forte et à conjuguer les impératifs du théâtre privé avec l’esprit du service public. On peut alors y faire de belles découvertes.

Photographie : Francesco Raffaelli ; création graphique : Jérome Le Scanff

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