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Critiques / Opéra & Classique

Festival Musiques Interdites

par Caroline Alexander

Des musiques pour mémoire

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Ils s’appelaient Korngold, Goldschmidt, Schreker, Zemlinsky, Weill, Braunfels, Hindemith, Ullmann, Klein, Krasa, Haas, ils faisaient partie des compositeurs phare du premier tiers du vingtième siècle, jusqu’à ce que, en 1933, le Troisième Reich d’Adolf Hitler, confine leurs œuvres sous l’appellation « musiques dégénérées » (« entartete Musik ») et les expédie dans les poubelles du national socialisme. Parce qu’ils étaient juifs ou tout simplement parce qu’ils s’inspiraient du jazz des noirs ou de l’atonalité de Schönberg. Rapidement le stalinisme prenait le relais de l’intolérance en condamnant les créateurs rebelles au totalitarisme à « n’être plus une personne », c’est à dire à se taire et ne plus exister en tant qu’artiste.

Depuis 4 ans, l’Opéra de Marseille en coproduction avec le Forum Culturel Autrichien, antenne du Consulat d’Autriche en France, fait le pari de redonner sons, corps et vie à ces hommes et à leurs œuvres abandonnées au néant pour cause de haine et d’inculture.

Terezin un camp en trompe l’oeil

L’édition 2008 de la manifestation aura pour toile de fond le camp de Terezin-Theresienstadt aux portes de Prague, camp de transit sans chambre à gaz ni fou crématoire d’où les internés étaient convoyés vers les camps d’extermination radicale Auschwitz, Birkenau et les autres. 140.000 hommes, femmes et enfants y furent enfermés, 90.000 d’entre eux furent évacués vers les camps de la mort, 33.000 moururent sur place, 16.000 survécurent dont un petit nombre fut rapatrié en Suisse par la Croix Rouge danoise. Terezin restera dans les annales de l’histoire au titre de camp en trompe l’œil où les nazis avaient regroupé des artistes ayant fait partie d’une certaine Union Culturelle Juive instaurée par leurs soins puis interdite d’exercice hors les murs du camp pragois.

Compositeurs, instrumentistes, chanteurs, acteurs, écrivains y inventèrent des œuvres nouvelles, organisèrent des concerts et des chorales pour se donner encore l’illusion d’exister. La plupart finirent massacrés. Joseph Bor, juriste tchèque survivant, témoigna de ce qu’il avait vécu et observé notamment les préparatifs et la représentation du Requiem de Verdi, transformé pour l’occasion en Requiem de Terezin.

Deux petits opéras trop longtemps réduits au silence

C’est la reconstitution de l’exécution de ce Requiem qui aura lieu le 11 juillet à l’Opéra de Marseille. Il sera joué sous forme d’un oratorio aménagé par Michel Pastore, conseiller culturel de l’Ambassade d’Autriche sur la base du récit de Joseph Bor. Fabrice Luchini en sera le récitant, l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra de Marseille sera dirigé par Cyril Diederich. Viviane Forrester, Sandrine Eyglier, Marie Ange Todorovitch, Jean-Luc Viala, Jean-Philippe Lafont feront partie des solistes.

Le lendemain 12 juillet, hommage sera rendu à Nicolae Bretan, victime du stalinisme, avec la création de Golem et Arald, deux des petits opéras en un acte trop longtemps réduits au silence. Suivra, la création mondiale de Le Rabiot, œuvre du compositeur Paul Aron Sandfort rescapé de Terezin où il fut enfermé à l’âge de 12 ans, décédé il y a un an à Hambourg. Il côtoiera la Sonate de Terezin de Viktor Ullmann, figure emblématique de la musique de son temps et de ce camp où il composa une vingtaine d’ouvrages avant d’être massacré en 1944.

Insaisissable, l’art serait-il la seule arme de survie pour lutter contre la barbarie ? A Marseille on répond oui et on le prouve.

Opéra de Marseille, les 11 & 12 juillet à 21h. 04 91 55 11 10

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