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Critiques / Autres Scènes

Festival Bach

par Caroline Alexander

Leipzig entre foot, rock gothique et Jean Sébastien Bach

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A l’aube d’un mois de juin au climat plutôt polaire, Leipzig, ville des foires depuis 1497, ne sait plus très bien où donner de l’événement. Entre la coupe du monde de football qui monopolise toutes les devantures et réquisitionne les hôtels, son Wave Gothic Treffen (traduisez : rencontres de rock gothique) qui peuple ses rues d’étranges créatures tatouées, cloutées, le cheveu fluo dressé sur la tête et son Festival Bach annuel, la capitale de la Saxe bruisse sur toutes les gammes. On y accourt pour le business comme pour la fête, à tel point que Air France lui a tracé une ligne directe qui décolle de Paris deux fois par jour.

Partie prenante du patrimoine

Dans l’effervescence générale, Jean Sébastien et les siens font évidemment figures de patriarches rangés. Ils sont partie prenante du patrimoine, on les célèbre toute l’année, on les fête chaque printemps durant dix jours d’un festival réunissant les meilleurs claviers, les meilleurs cordes, les meilleures voix du répertoire baroque. Avec, en ce printemps 2006 - 250e anniversaire oblige - un détour du côté du cher Mozart qui fut l’hôte de Leipzig en avril 1789 où il joua son aîné J.S.Bach et laissa un florilège de souvenirs. Au Musée Bach justement une exposition retrace les empreintes laissées par son passage dans la cité : lettres, manuscrits autographes de Mozart (dont celui de son Requiem) et des Bach, père et fils (Carl Philipp Emmanuel et Wilhelm Friedemann), instruments divers : trésors de mémoire rassemblés dans cette maison bourgeoise face à l’Eglise Saint Thomas où Jean Sébastien vécut et travailla 27 ans durant et composa la plupart de ses chefs d’œuvre. Aujourd’hui demeure muséale gérée par l’association Bach-Archiv, et aussi lieu de concerts avec son incroyable Salon d’Eté au plafond mobile découvrant, comme un ciel bleu qui s’ouvre, une galerie où s’installent et se produisent les instrumentistes.

Magnifique performance

Jusqu’en 1749, un an avant de mourir presque aveugle, Bach travailla à sa Passion selon Saint Jean. Au cœur du Festival, sa toute dernière version fut exécutée en l’Eglise Saint Thomas : magnifique performance sous la direction de Frieder Bernius, enlevant de main de maître les instrumentistes du l’Orchestre Baroque de Stuttgart et le chœur de chambre de Stuttgart, ainsi que cinq magnifiques solistes - dont le ténor Andreas Weller, bouleversant Evangéliste - dans une cohésion et une fluidité rarement entendues.
Leipzig, malgré le foot et ses dépendances économiques, est après tout ou avant tout ville de musique. Richard Wagner y naquit, Liszt y séjourna tout comme Schumann, Félix Mendelssohn-Bartholdy s’y installa à l’âge de 27 ans et y finit ses jours après avoir retrouvé et révélé une musique que le 19e siècle avait oubliée : celle de Jean Sébastien Bach. Sa maison, également devenue musée, ne reste pas muette : des concerts y sont régulièrement organisés. Leipzig, ses orgues historiques, ses cabarets, son légendaire Gewandhaus où oeuvra longtemps Kurt Mazur, aujourd’hui à la tête de l’Orchestre National de France, Leipzig et sa célèbre maison d’opéra que dirige avec succès depuis trois ans, le Français Henri Maier.

Souvenirs de faits rêvés et de faits réels

Leipzig dans l’Allemagne réunifiée a gardé quelques traces du temps de la deuxième guerre mondiale et de l’ex-RDA. Dans l’une des rues principales une impressionnante statue de bronze représente un être écartelé faisant d’une main le salut fasciste et de l’autre le poing fermé des communistes. Des bâtiments de béton et de fer côtoient les joyaux Renaissance ou Art Nouveau fidèlement reconstitués, le Speckshof, le Coffe Baum, le plus vieux café du continent, le Mädler Passage... Et aussi un fort taux de chômage (20 % de la population active !), la plus grande gare ferroviaire d’Europe, des boutiques, grands magasins et commerces, mondialisation oblige, identiques à ceux de toutes les villes occidentales. Et des souvenirs de faits rêvés - le tonneau de la Brasserie Auerbachs Keller sur lequel aurait chevauché le Méphisto du Faust de Goethe - et de faits réels : la marche pour la liberté qui rassembla pacifiquement 70.000 citoyens le 9 octobre 1989. Un mois avant la chute du mur... qu’aucun d’entre eux n’avaient imaginé... Devant l’Eglise Saint Nicolas, des pavés lumineux continuent de témoigner.

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