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Critiques / Théâtre

Femmme (3) de Christian Rullier

par Gilles Costaz

L’eau trouble de l’amour

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L’écriture de Christian Rullier, c’est l’anti-romantisme ! Sa femmme (avec 3 m) parle de sa vie sexuelle dans un prosaïsme ébouriffant. Mais la rêve-t-elle ou se confesse-t-elle ? On ne sait dans ce récit où le regard sur l’amour et le sexe change sans arrêt. La femme se dit vierge et pourtant se donne aux hommes avec un détachement de vestale saisie par la crudité du langage. « Je ne fais pas l’amour, je rafistole », proclame-t-elle plongeant avec une atroce lucidité dans la misère sexuelle des mâles. Toute cette gestuelle intime partagée lui inspire des observations peu sentimentales bien qu’au final de ce parcours sinueux dans l’eau trouble de l’amour, le cœur se montre sensible. « La farce est l’avenir de l’homme », déclare-t-elle néanmoins, et tant pis pour les tendres violons d’Aragon pour lequel la femme était ce futur.
Vêtue et dévêtue, allongée et debout, immobile et mobile, réelle et virtuelle sur les écrans qui lui servent de miroir et d’écrin, Bagheera Poulin joue un jeu de feu et de glace. Elle détaille les aspérités du texte dans une douceur violente à force de tranquillité minée. Le bon vieux théâtre érotique est renouvelé par ce deuxième degré amplifié par cette belle interprétation qui taille dans le vif en se drapant de beauté. La mise en scène de Jacques Perdigues, très élaborée, multiplie les faisceaux, oppose et associe la présence charnelle et les différentes images. Trois m à femmme et trois étoiles à ces faiseurs de troubles.

Tel était le spectacle à sa création. Pour cette reprise, Bagheera Poulin a ajouté un texte de sa composition, qui est donné en première partie, Pour homme, et lu par la grande comédienne qu’est Hermine Karagheuze. C’est la réponse d’un auteur femme à un auteur homme. Bagheera Poulin juxtapose ainsi deux visions, celle de Rullier qu’elle défend de toute son implication d’actrice et la sienne qui est d’une toute autre sensibilité. Elle dit qu’Hermine Karagheuze « rejoint le plateau pour souffler ces mots de femme afin d’adoucir les blessures éventuelles provoquées par le texte de Christian Rullier ». En effet, une autre perception se met en place dans la confession de Bagheera Poulin : femme libre, folle de l’amour mais méfiante à l’égard des attaches, elle ajoute à la littérature du désir et du plaisir un texte fluide, chantant, heureux où une ironie légère à l’égard des hommes contrebalance dans la douceur caressante du verbe la fureur belliqueuse de Rullier.

Femmme (3) de Christian Rullier, conception, réalisation, mise en scène de Jacques Perdigues, avec Bagheera Poulin et (en images vidéo), Christiane Cohendy, Bagheera Poulin, Messua Wolff et Antoine, montage son et images de Paul Lazar de Ken Higelin, lumières de Jean-Sébastien Wolff. Maison des métallos, Paris, du 9 au 12 décembre. (55 minutes)

crédits photo/ Messua Wolff

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