Accueil > Femme de Tchekhov de Catherine Aymerie

Critiques / Théâtre

Femme de Tchekhov de Catherine Aymerie

par Gilles Costaz

La grâce même

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Une jolie femme drapée de soie blanche est seule en scène, assise sur un fauteuil blanc sans accoudoir. Elle est brune, les cheveux en bandeaux au-dessus du front, une natte qui s’impatiente dans le dos. Elle va être les dix-sept héroïnes des pièces de Tchekhov. Toujours identique dans la flamme mélancolique. Toujours différente dans le dessin du personnage et dans son destin. Catherine Aymerie, dirigée avec sûreté dans un décor nu par Paula Brunet Sancho, fait de ce qui pourrait n’être qu’un exercice un moment d’une intense fièvre humaine. Que de drames immobiles et que de sentiments mobiles elle fait défiler et vivre, en passant de l’Irina des Trois Sœurs à l’Anna Petrovna de Platonov ! Son physique et son talent lui permettent d’être tantôt jeune tantôt aux approches de l’âge mûr. Les yeux sont espiègles, l’architecture du visage comme tracée par une existence déjà pleine. L’actrice saute d’une figure tchékhovienne à une autre, sans qu’on ait toujours le temps de les reconnaître. Elle les explore l’une après l’autre, ou bien les esquisse en les faisant tourbillonner. Elle ne reste guère sur son fauteuil. Tous ces états d’âme modifient sans cesse sa conduite et sa place sur le plateau. Elle sait être joyeuse mais achève son périple imaginaire avec deux créatures douloureuses, Nina la comédienne ratée de La Mouette et Sonia l’amoureuse non-aimée de Oncle Vania.
Femme de Tchekhov (le titre au singulier, comme si ces femmes étaient un seul être sublimé par l’auteur) est un très beau spectacle épuré. On reprochera juste à la mise en scène le très court moment où l’actrice danse avec un mannequin – cela casse un instant la solitude peuplée de tant de partenaires invisibles. Catherine Aymerie est la grâce même.


Femmes de Tchekhov
de et avec Catherine Aymerie, mise en scène de Paula Brunet Sancho, dramaturgie de Catherine Aymerie et Paula Brunet Sancho, lumière de Jean-Louis Martineau, scénographie de Sandrine Lamblin, costume de Mathilde Baillet, bande sonore de Dragan Nedeljkovic. Théâtre Mouffetard, tél. : 01 43 31 11 99, jusqu’au 21 novembre (1 h 20).
© Antonio Meza

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.