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Critiques / Théâtre

Falstafe de Valère Novarina

par Gilles Costaz

Une grande fresque bouffonne

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« Falstafe » avec un e ? Keksékeça ? Une réinvention du personnage de Shakespeare par Valère Novarina qui, en 1975, quand il l’écrivit, n’était pas tout à fait le Novarina que nous connaissons : il était en train de trouver son monde et son langage en parcourant celui du grand élisabéthain. Il suit à grandes enjambées le parcours de ce personnage ridicule, grotesque et grandiose, ami d’Henri VI, tout au long de voyages, complots, scènes d’ivrogneries et guerres. Toute une fresque adaptée dans une remarquable liberté, que Claude Buchvald, familière de l’œuvre de Novarina (la révélation formidable de L’Opérette imaginaire, c’est elle), a mise en scène avec un double sens du détail et du mouvement, dans le souci de chaque rôle, petit et grand. La réussite vient d’une occupation maximale du plateau par les acteurs (et la façon dont Buchvald les fait évoluer) et par la décoration minimale d’Yves Collet, dont les tentures, les étendards et les autres éléments sont des signes, des suggestions, de la beauté discrète. L’attention se focalise sur un Falstafe étonnant, Gilles Privat, un acteur dont on aime autant le silence que la voix ; ici, en jupette, avec un ventre proéminent, joyeux, solennel, abêti, il crée un personnage qui rejoint les traditionnelles figures de matamore mais avec une poésie rare dans ce type de composition rabelaisienne. Les autres interprètes savent tous exister dans ce tourbillon, principalement Mathieu Genet, qui fut à la Comédie-Française et qui, en jeune prince, prouve qu’il a une fièvre originale à déployer dans ses nouvelles aventures d’acteur. Jacques Bailliart, qui porte au plus haut la gravité de cette tragi-comédie, et Christine Vézinet-Crombecque se détachent également d’une équipe qui a, comme rarement, le sens de la troupe. Le ton est plus à la fête qu’à l’apocalypse. Tant mieux.

Falstafe de Valère Novarina, d’après Henri IV de Shakespeare, mise en scène de Claude Buchvald, création sonore et musicale de Blaise Merlin, chansons de Christian Paccoud, scénographie d’Yves Collet, avec Gilles Privat, Mathieu Genet, Jacques Bailliart, Marie Ballet, Didier Dugast, Jean-Christophe Folly, Claude Merlin, Christine Vézinet-Crombecque. Au Théâtre national de Chaillot du mardi au samedi à 20h, dimanche 14h30. tél. : 01 53 65 30 00, jusqu’au 5 avril. Texte aux éditons POL. Durée : 2h40.

Crédit photographique : Loïc Venon

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