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Critiques / Opéra & Classique

FAUST de Charles Gounod

par Caroline Alexander

Le bel au-revoir de Nicolas Joël à son Théâtre du Capitole

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A Toulouse, Nicolas Joël, qui succédera à Gérard Mortier à la tête de l’Opéra National de Paris le 1er septembre prochain, quitte son Théâtre du Capitole après dix neuf années d’une direction attentive jalonnée de réussites où la musique fut toujours placée au premier rang des exigences.

En témoigne une dernière fois ce Faust de Gounod raffiné présenté en guise d’au revoir et en boucle de son aventure toulousaine : c’est en effet avec la mise en scène de cette oeuvre phare du répertoire français qu’elle démarra en 1983 à la Halle aux Grains, une production qui fut couronnée « révélation de l’année » par le syndicat de la critique musicale.

Gounod serait-il son compositeur de prédilection ? C’est encore lui en tout cas qui lui fournira le matériau du spectacle qui ouvrira sa première saison parisienne, cette fois avec Mireille, autre chef d’œuvre de musique française, moins emblématique que Faust, longtemps absent des scènes hexagonales mais que le hasard des calendriers vient de remettre par deux fois à l’affiche (voir webthea du 1er juin 2009)

Malgré le handicap de l’accident vasculaire cérébral qui le frappa l’été dernier, Nicolas Joël a remis en selle avec vaillance une œuvre dont il connaît tous les recoins, tous les secrets pour l’avoir montée déjà à Paris Bercy, à San Francisco et aux Chorégies d’Orange 2008. Dans les décors toujours élégants d’Ezio Frigerio, l’inséparable compagnon de route de Joël, on retrouve d’ailleurs l’orgue géant qui tapissait le mur du Théâtre Antique.

Ce Faust qui tire sa substance de l’épopée philosophique de Goethe, en concentre le matériau autour de l’impossible histoire d’amour du vieux philosophe rajeuni et de la naïve Marguerite. Méphistophélès tire toujours toutes les ficelles de l’enchantement et du désenchantement, mais il en reste là, reléguant dans les livres sa mise en abyme métaphysique. Il est personnage de théâtre, voire de guignol fantasmatique. Et c’est au plus près de l’anecdote, de sa transcription par les librettistes Michel Carré et Jules Barbier que Nicolas Joël en illustre les péripéties.

On ne peut s’empêcher de se souvenir de la vision iconoclaste de Jorge Lavelli à l’Opéra de Paris sous l’administration de Rolf Liebermann il y a une trentaine d’années, une mise en scène- mise en question qui fit d’abord scandale avant de se ranger dans les références incontournables. On se souvient de la marche des éclopés revenus de guerre chantant Gloire immortelle à nos aïeux en claudiquant sur leurs béquilles ou de Marguerite devenue folle prisonnière, non pas des gendarmes mais d’une camisole de force.

Servir les oeuvres avant de s’en servir

Nicolas Joël n’a jamais eu le goût des provocations, il sert les œuvres qu’il monte avant de s’en servir. La production de Toulouse en est le reflet fidèle, avec, comme toujours, un choix de voix homogènes et de haut niveau soutenues par les sonorités d’un chef d’orchestre de bel avenir : en l’occurrence Emmanuel Plasson, digne successeur de son père Michel qui signa durant 35 ans les plus belles heures de l’Orchestre National du Capitole. Il ose des couleurs et des contrastes tout en restant terre à terre. Face au public, les chanteurs sont et restent chanteurs avant d’être acteurs. Inva Mula qui sera Mireille en ouverture de la prochaine saison de l’Opéra de Paris, reprend sa Marguerite chantée à Orange et continue de lui injecter le fruité de sa ligne de chant. Giuseppe Filianoti campe un Faust fougueux et naïf aux intonations parfumées d’Italie, en Méphistophélès de music hall, Orin Anastassov fait le diable sans lui donner de signe particulier de dangerosité. Par sa délicatesse, Blandine Staskiewicz fait monter le rôle du pauvre Siebel au rang de premier rôle, tout comme Andrew Schroeder, Valentin à la voix chaude et au legato impeccable, véritable point d’orgue de la distribution.

Faust de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Goethe, orchestre national du Capitole, direction Emmanuel Plasson, chœur du Capitole, direction Patrick Marie Aubert. Avec Giuseppe Filianoti, Inva Mula, Orlin Anastassov, Andrew Schroeder, Blandine Staskiewicz, André Heyboer, Isabelle Vernet.

Toulouse – Théâtre du Capitole, les 19, 23, 26 & 30 juin à 20h – les 21 & 28 à 15h.

05 61 63 13 13 – www.theatre-du-capitole.org

Crédit photographique : Patrice Nin

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