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Critiques / Théâtre

Eté de Carole Thibaut

par Gilles Costaz

Les femmes du bord de mer

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Au bord de la mer, un couple prend des vacances. Ils ont un petit enfant et la vie a déjà fait chez eux de discrets ravages. La jeune femme manifeste sans cesse son amour, lui est gêné par tant d’affection. Ils s’irritent au lieu de se comprendre. Il part un jour, pour un court entracte, parce qu’on l’appelle, dit-il, à son travail. Elle se met à parler à une inconnue, à lui confier le bébé. Cette femme est une photographe professionnelle. C’est dire qu’elle appartient à une autre planète. Face aux gens simples, elle peut passer pour une personne compliquée. Pourtant, les deux femmes s’aiment d’amitié, partagent entre elles plus de choses qu’elles ne le pensaient au départ. Le mari revient et la femme photographe s’en va, non sans laisser un album contenant quelques documents qui témoignent de ce temps fugitif. Et la vie d’avant reprend, peut-être pas tout à fait comme avant.
Carole Thibaut est un auteur-metteur en scène qui, avec sa compagnie Sambre, compte déjà depuis une dizaine d’années dans le paysage théâtral. Cet Eté, qu’elle définit comme « une pièce sur le regard », n’appartient pas à son registre polémique ou franchement douloureux. Tout est dans la suggestion, l’impalpable, le secret, la fêlure invisible, les silences d’avant et d’après les mots. Qu’on y fasse allusion à la photographie n’est pas étonnant. Carole Thibaut capte une banalité qui, exposée, devient étonnamment éclairée et éclairante. Elle place et déplace ses acteurs dans une lumière et un décor minimal où tout est sans éclat mais sans faux-semblant. Du texte à la mise en scène et aux images projetées discrètement en arrière-plan, tout paraît quotidien et tout est saisissant. Isabelle Andréani, qui joue l’épouse à travers des états d’âme souffrant sous l’écorce de la gentillesse, Jacques Descorde, qui interprète le mari en dessinant le machisme ordinaire, et Sophie Daull, qui incarne la photographe en nuançant une supériorité sociale qui s’effrite, forment un trio de grande qualité. C’est une estampe où le trait est, sans effets, d’une justesse foudroyante.

Eté de Carole Thibaut, mise en scène de l’auteur, scénographie de Eté Carole Thibaut et Patricia Labache, lumières de Didier Brun, son de Pascal Bricard, costumes de Magali Pichard, vidéo de Carole Thibaut, avec Isabelle Andréani, Sophie Daull et Jacques Decordes. Etoile du Nord, tél. : 01 42 26 47 47, puis à Fossses les 9 avril et 7 mai, à Villiers-le-Bel le 11 mai. Durée : 1 h 15. Texte aux éditions Lansman.

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