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Critiques / Théâtre

« Doppo la Battaglia » de Pippo Delbono.

par Jacky Viallon

Jusqu’au 29 janvier au théâtre du Rond-Point à Paris 8°

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Quand, ici l’auteur intitule son spectacle « après la bataille » on imagine alors une plaine enfumée où finissent de se consumer toutes les utopies qui avaient animées le bras et l’esprit du valeureux guerrier arpentant les décombres en se situant en narrateur, observateur ou plus directement, acteur ensanglanté, considérant dans un rictus hébété le drame dont il se croit être le maître. Sorte d’adoubement où « L’homme du commun » se met au service du théâtre, c’est-à -dire, de la réflexion, du didactisme pour aboutir à cette dialectique dont, on cherche encore le mécanisme pour justifier, admettre et comprendre le chaos de son propre destin renversé sur la scène de sa vie.

L’ouverture de rideau se fait alors dans ce souffle. Les premières images, surgissent sur le plateau, passent, s’arrêtent et s’installent pour attendre les « comédiens-personnages » .
Alors un jeu des plus minimalistes va animer les différents tableaux. Un regard, un doigt qui se lève, un parapluie au déploiement discret comme une aile.
Puis il y a ce contraste saisissant entre l’imposition d’un décor massif à la facture quasiment constructiviste, et la silencieuse délicatesse de tout le « gestus » du début.

Le décor d’une beauté toute brute épouse lourdement la cage de scène en interdisant les dégagements traditionnels. Il autorise tout de même une « échappée » par des grilles ou de lourdes portes aux résonances sinistrement mates et métalliques ou encore par des fenêtres muettes donnant sur des jardins d’ombres.
Ainsi le spectateur est-il directement impliqué dans l’espace de jeu puisqu’il est inscrit dans le cube de la scénographie et à la fois n’est-il pas aussi intégré dans le jeu de Pippo qui fait en solo ses interventions dans la salle.
Les « allers et venue » de Pippo créent alors un glissement de jeu, ainsi joue-t-il de cette alternance entre le réel et l’irréel si cher au théâtre des différentes les époques.

Pour ceux qui connaissent un peu la biographie de Pippo Delbono le spectacle « Après la bataille » est sans nul doute sa bataille personnelle. Pippo entraîne avec lui et non derrière lui, sur scène, comme dans la vie d’étranges personnalités (marginaux loin de la marge, malades mentaux guéris du mental). Cette cohorte de joyeux et tristes drilles entraînent une mécanique affective qui joue de ses rouages pour faire avancer la fuite du réel au profit d’une quête à l’irréel dont les limites ne pourront jamais être définies. D’autant plus que par son passif Pippo a rencontré et pratiqué plusieurs types de cultures et qu’il s’est habillé de toutes ses rencontres.
On peut essayer de le suivre et de mieux le comprendre à travers le livre qu’il a publié en janvier 2008 :

« Pippo Delbono, Récits de Juin » paru aux Editions Actes-Sud en Janvier 2008. Cet ouvrage est remarquable de par la répartition du crédit photographique et des parties narratives.
Grâce à une iconographie relativement riche on visualise assez bien le développement de cette personnalité. On finit par se glisser dans son affaire familiale tant les photos nous absorbent et nous happent pour nous attirer dans le livre. Elles semblent ne pas avoir de contour pour mieux poursuivre leur chemin. Parfois, malgré la gravité exprimée, il y a quelque chose d’heureux. Quelque chose de tout petit qui prend soudainement beaucoup d’importance dans notre vie. Au fil de la lecture, on abandonne un peu de monde derrière soi, on s’initierait presque à faire nos deuils. Ainsi le livre nous porte, on y trouve au-delà une nouvelle énergie. On a l’impression, avec Pippo, d’avoir vaincu pas mal d’obstacles...
Alors nous nous retournons sur nos pas et nous apercevons notre « paysage après la bataille » et par notre seule présence on espère avoir participé à l’oratorio de Pippo Delbono.
Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a du cri et de la révolte dans toute l’œuvre de Pippo Delbono.

P.S : Pour complément à cet article nous vous recommandons de lire également l’analyse de Jean Chollet sur le même site

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