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Critiques / Théâtre

Dopo la Battaglia de Pippo Delbono

par Jean Chollet

Turbulents propos d’un indigné

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En 1987, son premier spectacle Il Tempo degli assassini (Le temps des assassins) donnait l’orientation de l’engagement théâtral de Pippo Delbono. Une création en prise directe avec la réalité politique, sociale et artistique du temps présent en associant dans ses recherches diverses formes d’expression. Pour faire entendre sa rage et ses révoltes. A travers un parcours sinueux et riche, qui l’a conduit sur plusieurs continents, trois décennies plus tard il est resté fidèle à cette ligne comme en témoigne ce nouvel opus.

Dopo la Battaglia (Après la bataille) croise en séquences successives ou simultanées le théâtre, la danse, la musique et les images vidéo. Non pour conter une histoire linéaire, mais pour aborder sous différents angles quelques uns des aspects d’une époque troublée et décadente.

Tout commence dans un espace vide, bordé de murs gris percés de lourdes portes et de fenêtres à barreaux, évoquant une prison ou un asile, métaphore d’un lieu d’enfermement psychique, physique ou moral. Après une “photo de famille” réunissant des représentants symboliques de la classe dominante italienne et sur un air d’opéra, l’exercice d’une danseuse à la barre ouvre les prémices d’un hommage appuyé à Pina Bausch –décédée en 2009 – dont le metteur en scène fut l’invité au Tanztheater Wuppertal, et qui s’achèvera au final devant un bouquet de fleurs rouges.

Les scènes suivantes mettent en présence un campagnard tentant d’intégrer en vain “ La Maison de la Loi ” sous des accents kafkaïens, une célébration du 150ème anniversaire de l’unité de l’Italie “ ce bateau sans guide ” sur la musique de Verdi, la présentation cocasse d’un festival de poésie ou encore des chorégraphies inspirées par Pina… Ces différents tableaux étant ponctués de rencontres avec des êtres en marge ou exclus de la société, parfois masqués sous une apparence qui relève davantage de Disneyland que de la Commedia dell arte. Aux côtés d’airs d’opéra, l’ensemble est traversé de musiques du compositeur et violoniste Alexander Balanescu et d’images tragiques d’actualités ou d’animations illustratives.

Pas de dialogues entre les personnages, des voix off et surtout les interventions, micro en main, de Pippo Delbono. Il apostrophe et vocifère contre les politiques et les pouvoirs, dénonce les défaillances culturelles et l’injustice, “ l’animalité de l’homme” ou encore fustige les mères “ irresponsables “ à partir d’une tendre rencontre avec la sienne. Autant d’explosions virulentes mises en œuvre pour tenter de raviver les consciences et poursuivre (Après la bataille) un combat pour l’humanité.

Dans sa globalité, ce spectacle - parfois inégal - est traversé d’images expressives et fortes dont la teneur se colore d’humour et de poésie en provoquant l’émotion. C’est notamment le cas lors des apparitions de l’acteur fétiche de la troupe depuis 1996, Bobò (Vincenzo Cannavacciulo), sourd et muet microcéphale, sorti grâce à Delbono d’un hôpital psychiatrique où il végétait depuis plusieurs décennies.
C’est lui, entouré de danseuses, qui clôture une représentation achevée sur la mélodie de Henri Salvador nous invitant dans son “Jardin d’hiver ”. Une forme d’apaisement sinon d’espoir.

A noter l’absence pour blessure de la danseuse étoile de l’Opéra de Paris, Marie-Agnès Gillot, prévue à l’origine dans cette distribution.

Dopo la Battaglia (Après la bataille) conception et mise en scène Pippo Delbono, avec Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Bobò, Pippo Delbono, Haria Distante, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Mariga Maggipinto, Julia Morawietz, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Grazia Spinella. Musiques originages Alexander Balanescu, scénographie Claude Santerre, lumières Robert Kohn Resteghini, Orlando Bolognesi, costumes Antonelle Cannarozzi, son Angelo Colonna, Corrado Mazzone. Durée 1 h 50. Théâtre du Rond – Point Paris jusqu’au 29 janvier 2012. Comédie de Caen du 21 au 23 mars, TNT Toulouse du 28 au 31 mars, Bel Image Valence le 3 avril 2012.

© G. Cittadini-Cesi

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