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Critiques / Opéra & Classique

Divorce à l’italienne de Giorgio Battistelli

par Caroline Alexander

Du cinéma à l’opéra, les noces du lyrique et du rire

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De l’écran à la scène, du cinéma à l’opéra, la démarche n’est pas nouvelle. Si le passage de La Mouche du cinéaste David Cronenberg à celle du compositeur Howard Shore n’a pas vraiment convaincu (voir webthea du 6 juillet 2008), le transfert du film de Pietro Germi Divorzio all’italiana à l’opéra de Giorgio Battistelli  Divorce à l’italienne constitue une joyeuse réussite.

Battistelli, 53 ans, compositeur prolifique de la péninsule, est un récidiviste heureux. En 1995 déjà il assurait la mise en musique de Prova d’Orchestra, le film que Fellini consacra aux aléas de la vie des instrumentistes d’un orchestre. Ce coup de chapeau allègre et onirique était une commande de l’Opéra national du Rhin alors dirigé par Laurent Spielmann et fut crée à Strasbourg en 1995. A la tête de l’Opéra National de Lorraine depuis 2001, le même Spielmann récidive à son tour et passe une nouvelle commande au même Battistelli pour ce Divorce à l’italienne hilarant sur fond de tragi-comédie. Résultat : une heure trente de rires et de sourires autour de l’impossible cohabitation des êtres au sein de ce cocon étanche appelé famille.

Une fleur en bourgeon de 16 printemps

En 1961 quand le film charge de Pietro Germi débarqua sur les écrans, le divorce n’était pas admis en Italie - il n’entra dans les lois que dix ans plus tard -. Pour se débarrasser d’un conjoint devenu indésirable, l’unique solution était alors de le trucider soi-même ou d’en passer commande à un tueur assermenté… C’est sur cette trame que se débattait le beau Marcello Mastroianni, petit baron sicilien quadragénaire surnommé Fefé, épris d’Angela, une fleur en bourgeon de 16 printemps, et fatigué, ô combien, de partager sa vie avec l’envahissant laideron Rosalia. Le crime en direct s’avérant peu payant la solution idéale résidera dans un crime d’honneur. En rendant l’épouse infidèle ! Ainsi le coup mortel sera aussitôt justifié... Sous le ciel de Sicile, le « cornuto », le cocu et ses cornes, doit être vengé pour sauver l’honneur de la secte des mâles !

Loufoquerie musicale

En vingt trois séquences ou « actions » Battistelli respecte pratiquement à la lettre le déroulement du film. Mais au burlesque de Germi et de ses acteurs il ajoute celui d’une loufoquerie musicale en confiant à des hommes, des barytons et barytons basses tous les rôles de femmes à l’exception de celui d’Angela, réservé à l’unique soprano de la distribution (tendre Theodora Gheorghiu). Autour du ténor Fefé (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, savoureux dandy provincial) s’agite un monde où, sous la façade d’une virilité de convenance, règne un matriarcat omniprésent et castrateur. Matrones grasses et babillantes comme Rosalia interprété par l’irrésistible poids lourd au jeu léger Bruno Pratico ou mammas desséchées par les ans veillant sur leurs nichées comme des vieilles poules caquetantes (facétieux Peter Edelmann, Pascal Desaux et Xavier Szymczak). En contrepoint cocasse, l’amant de l’imposante épouse à abattre est filiforme et doté du timbre fluet d’un contre ténor (Bernhard Landauer délicieusement lunaire).

Onomatopées, claquements de langue, gloussements de rires

Battistelli, musicien de son temps en a brassé les évolutions et révolutions tout en restant profondément italien. Si l’impact d’Alban Berg reste incontournable, les « pattes » des concitoyens contemporains – Luigi Nono, Nino Rota, Luciano Berio – tracent elles aussi des sillons dans son inspiration. Mais la sienne propre ne manque ni d’identité ni d’originalité à commencer par son sens de l’humour. Onomatopées, claquements de langue, gloussements de rires et bruitages divers balisent l’écriture vocale et orchestrale. Et le chœur, tout comme dans Prova d’Orchestra, est traité comme un personnage à part entière, qu’il soit sur scène ou en voix off. Le chœur de l’opéra national de Lorraine s’y prête avec délectation, et l’orchestre symphonique et lyrique de Nancy y prend autant de plaisir sous la baguette de Daniel Kawka.

Dehors dedans

Une volée d’escaliers dégringole d’un bout à l’autre de la scène. Des coulisses, des cintres et de trappes diverses apparaissent, disparaissent des accessoires, des meubles, des lits, des WC, des gazinières et leurs marmites fumantes de « pasta »… Les décors de Richard Hudson jouent sur le dehors dedans en alliant la perspective des toiles de de Chirico aux croquis rythmés des bandes dessinées. La mise en scène de David Pountney court sur le fil de ce tohu bohu d’images et gicle de trouvailles drolatiques. Des bouts de films font office de commentaires, sur la meilleure façon de se débarrasser du conjoint, le poison, l’électrocution dans un bain de mousse, la mort par balle…, sur les cancans du village, sur l’enregistrement pirate des ébats des amants…

Divorzio all’italianaDivorce à l’italienne de l’opéra comme au cinéma – du dramatique au burlesque - une alchimie au goût de parmesan et de tagliatelles.

Divorce à l’italienne, musique et livret de Giorgio Battistelli d’après le film de Pietro Germi, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, chœur de l’opéra national de Lorraine, direction Daniel Kawka, mise en scène David Pountney, décors et costumes Richard Hudson, lumières Fabrice Kebour, vidéo « fettFilm ». Avec Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Bruni Pratico, Jean Segani, Peter Edelmann, Olivier Grand, Pascal Desaux, Theodora Gheorghiu, Bernhard Landauer, Xavier Szymczak, Benjamin Colin, Wenwei Zhang ; Julien Veronese.

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 30 septembre, 1er, 3, 7 octobre à 20h, le 5 à 15h.03 83 85 30 60 – www.opera-national-lorraine.fr

crédit photos : Marc Antoine

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