Accueil > Deux Petites Dames vers le Nord de Pierre Notte

Critiques / Théâtre

Deux Petites Dames vers le Nord de Pierre Notte

par Gilles Costaz

Un carnaval intime

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le thème de la sœur chez Pierre Notte est obsessionnel. Quand cet écrivain-journaliste quitte la page blanche et se produit sur un théâtre dans un étonnant style de cabaret, il le fait en compagnie de sa sœur. On vient de jouer aux Déchargeurs l’un de ses textes, Se mordre : c’est une pièce sur le lien qui réunit deux sœurs, troublant jusqu’à une certaine forme de folie. Voici sa nouvelle comédie, Deux Petites Dames vers le Nord, qui met en scène, encore une fois, deux sœurs. Mais celles-là sont plus âgées et non unies par une relation de gémellité. Elles se retrouvent à l’occasion du décès de leur mère, laquelle est réduite à quelques cendres enfermées dans une boîte métallique. On ne sait pas grand-chose d’elles : l’une est plus refermée que l’autre, plus écrasée par l’image de la mère disparue. Elles décident de partir vers le Nord pour un voyage filial. Elles vont retrouver la tombe de leur père, « embrasser papa et lui dire que maman est morte », regrouper symboliquement ces deux absents…
Ce pourrait être funèbre mais cette tonalité se noie dans un climat de carnaval intime. Le voyage est émaillé d’incidents. Elles ont emprunté un car et ne parviennent pas à joindre rapidement le bon cimetière. Elles vont même, un soir d’étape, fréquenter le dancing-karaoké de Poulainville ! Elles seront même, pour leur imprudence, gardées un moment au commissariat. Car cette escapade se transforme en un merveilleux moment de liberté commune, de réapprentissage joyeux de la vie et de la complicité.
Comme Pierre Notte va au plus vif et au secret sans s’embarrasser de beaucoup de détails biographiques, Patrice Kerbrat dépouille sa mise en scène. Il n’y a sur le plateau qu’un coffre qu’on ouvre pour y prendre quelques accessoires ou jouer avec lui comme s’il était le car emportant ces deux voyageuses. Même, haché par les interruptions de lumière entre chaque scène, le spectacle a cette continuité et cette fluidité qu’apporte une mise en scène où la clownerie n’a jamais eu autant d’épaisseur humaine. Les deux actrices, qui sont deux sœurs à la ville mais surtout deux de nos grandes comédiennes, déplacent leurs registres habituels : Catherine Salviat est d’une mobilité folle, elle danse, chante, dessinant le complexe chemin qui va du désespoir à l’espoir. Christine Murillo, au lieu de laisser s’envoler son tempérament explosif, tempère sa drôlerie, sa truculence, ajuste le poids des silences à la force si originale de son jeu.
Pierre Notte, aussi brillant dans ses dialogues que dans ses chansons, est ici moins référentiel, moins second degré que dans ses pièces précédentes (bien que la première scène se déroule dans un théâtre, les deux sœurs regardant sans aimer une pièce de Pinter ! ). Et donc plus universel.

Deux Petites Dames vers le Nord de Pierre Notte, mise en scène de Patrice Kerbrat, décor d’Edouard Laug, costumes de Pascale Bordet, lumières de Laurent Béal, avec Christine Murillo et Catherine Salviat, théâtre de la Pépinière-Opéra, tél. : 01 42 61 44 16. Texte à l’Avant-Scène Théâtre, collection Quatre-Vents. Durée : 1 h 45 .

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.