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Critiques / Opéra & Classique

Der Freischütz de Carl Maria von Weber

par Quentin Laurens

À côté de sa cible

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Quatre balles magiques pour emporter le cœur d’Agathe, le jeune chasseur Max doit viser juste pour s’assurer l’amour. Le Freischütz était donné trois soirs au Théâtre des Champs Elysées, en version allemande, dans une mise en scène de la Compagnie 14:20 peu inspirée, avec l’Insula Orchestra de Laurence Equilbey dans la fosse.

Il est clair dès les premières mesures que la baguette de Laurence Equilbey sera au moins vive, certainement franche. Malgré les jolis timbres des instruments d’époque de son Insula Orchestra, la lecture de la cheffe semble délibérément oublier l’amplitude, la rondeur les couleurs que cette pièce-clef du romantisme allemand appelle, au profit d’une direction tonique, souvent sèche, parfois trop pressée. On s’étonne d’ailleurs des décalages flagrants entre la fosse et la scène, en particulier avec le chœur, comme pour le Jägerchor. Le chœur Accentus livre lui une prestation engagée de qualité.
Cette impression d’ensemble n’enlève rien pour autant à la qualité des solistes à l’image de l’impeccable alto solo Adrien La Marca, des flûtes et des cors (de chasse !).

Côté voix, les rôles titres sont très bien exécutés par Johanni van Oostrum pour Agathe et Stanislas de Barbeyrac en Max. La première fait entendre une voix ronde, délicate et bien projetée. Dans un Leise, leise touchant, la soprano sud-africaine montre beaucoup de souplesse et des lignes bien tenues.
Stanislas de Barbeyrac fait un Max vaillant et convaincant. Le ténor français, vu récemment dans les Indes Galantes version Cogitore à Bastille apporte sur scène une belle force dramatique et lyrique, comme dans son Durch die Wälder éclatant.

Chiara Skerath épaule avec humour et finesse l’Agathe de van Oostrum. Ses graves et mediums sont de velours, les aigus clairs, la prestation est bonne.

La puissance de Thorsten Grümbel fait un bon Kuno, sombre et mystérieux. On apprécie aussi la performance de Vladimir Baykov en Kaspar. Daniel Schumtzhard, Anas Séguin et Christian Immler (voix de Samiel) complètent un plateau vocal de bonne qualité, homogène, qui ne subjugue pas pour autant.

Si la mise en scène de la Compagnie 14:20 présente quelques idées intéressantes et des effets à la portée poétique réussis, la ligne directrice et la cohérence d’ensemble sont difficiles à saisir.

Un jeu d’écrans, de rideaux, de projections vidéos tente d’habiller une scène noire, sans réel décor ni accessoires, sinon ce récipient doré posé au sol, la forge des balles magiques. Cela n’aide pas les chanteurs à trouver sur la scène leur place ; les consignes manquent-elle ? La signature de la Compagnie 14:20 mêlant magie et danse, crée toutefois d’élégantes scènes, auxquelles concourt remarquablement le Samiel danseur, magicien et jongleur de Clément Dazin. Les sept balles magiques lumineuses sont le fil conducteur de la production. Elles glissent des mains de Samiel, s’envolent dans les airs et s’y meuvent grâce à de discrets filins. Quelques effets marquent les esprits, comme ce procédé holographique, qui après chaque mouvement crée les traces des corps, des formes floues, fantomatiques.

Le choix de plonger ce Freischütz dans un espace temporel indéterminé s’entend, mais au-delà de quelques effets stylistiques, l’interprétation que fait la compagnie du livret -histoire assez pauvre il est vrai- ne propose pas vraiment d’idées. En guise de forêt, élément central de l’intrigue, quelques vidéos abstraites d’arbres, le noir ayant vocation à remplacer les bois. La tentative d’explication un brin verbeuse et abstraite des choix, dans le programme, n’aide pas davantage : « Les images entrent en résonance et amplifient l’enjeu de la scène, le temps suspendu permet de révéler le processus de la pensée, les mécanismes enfouis, l’alchimie secrète des êtres ».

Les costumes de Siegrid Petit-Imbert, en dégradés de gris, dans un style sobre et hors du temps, se fondent dans l’ambiance sombre créée par 14:20. Max n’a de chasseur que ses bottes et un costume kaki, dont l’on comprend qu’il rappelle le sous-bois.

On peine donc à voir où la Compagnie 14:20 veut nous emmener, avec ces choix portés sur la recherche esthétique, la magie et la psychologie des personnages. Ce Freischütz, violent dans la fosse et plat sur scène est réveillée par un casting vocal réussi. L’équipe de mise en scène reçoit aux saluts quelques huées agacées.

Opéra en trois actes de Carl Maria von Weber
Livret de Johann Friedrich Kind, d’après un conte populaire germanique

Direction Laurence Equilbey,
mise en scène et conception magie Cie 14:20 Clément Debailleul et Raphaël Navarro,
dramaturgie Valentine Losseau,
coordination artistique, scénographie, vidéo Clément Debailleul,
chorégraphie Aragorn Boulanger,
costumes Siegrid Petit-Imbert,
lumières Elsa Revol

Insula Orchestra
Accentus

Chef de chœur : Frank Markowitsch

Avec :
Stanislas de Barbeyrac Max
Johanni van Oostrum Agathe
Chiara Skerath Ännchen
Vladimir Baykov Kaspar
Christian Immler L’Ermite/voix de Samiel
Thorsten Grümbel Kuno
Daniel Schumtzhard Ottokar
Anas Séguin Kilian
Adrien La Marca alto solo

au Théâtre des Champs Elysées, les 19, 21 et 23 octobre

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