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Critiques / Autres Scènes

Demain la belle

par Caroline Alexander

Bonheurs et misères d’un monte-en-l’air au grand coeur

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Une comédie musicale française à 100%, une vraie, toute neuve, paroles et musique... L’événement est rare surtout quand il est réussi : avec des rengaines à l’ancienne, valsées en trois temps et la patine nacrée de la nostalgie. Avec surtout une vraie histoire à raconter, celle de Alexandre Marius Jacob, monte-en-l’air, voleur de rupins fleur bleue dont les exploits inspirèrent Maurice Leblanc qui le baptisa Arsène Lupin.

Maîtres d’œuvre de sa mise en théâtre : Bernard Thomas, Gérard Daguerre, Jérôme Savary, un trio qui semble être né pour se rencontrer. Bernard Thomas est ce journaliste du Canard Enchaîné au cœur gros comme ça, critique de théâtre et œil de la petite lucarne, dont la plume alerte, souvent prise de démangeaisons libertaires, donne des coups de pied dans la fourmilière des idées reçues. Un anarchiste pacifiste doublé d’un poète dans la lignée de Léo Ferré, ami des rebelles et des voyous auxquels il consacra quelques livres : La Belle Epoque de la Bande à Bonnot et ces Vies d’Alexandre Jacob, alias Arsène Lupin qui, aussitôt lues, firent gambader l’imagination de Jérôme Savary. Lequel communiqua son enthousiasme à Gérard Daguerre. Qui à son tour demanda une chanson à Zouzou Thomas, fille de l’auteur et se souvint d’Irma la Douce d’Alexandre Breffort et Marguerite Monnot : un parrainage affectueux d’où naquit Demain la Belle, cette "belle" qu’on se fait pour se tirer des quatre murs d’une prison et que Marius alias Arsène escalada plus d’une fois.

Humour, dérision et gamineries

Sur la scène de l’Opéra Comique, la saga commence par la fin, qui fut sa vraie fin à l’âge de 74 ans quand le diable d’homme décida que le roman de sa vie avait assez duré, qu’il était temps d’y mettre un point final. Résolution qu’il reporta d’un an jour pour jour, sans se rater, le temps de vivre un ultime amour. Flash back sur ses années folles, ses casses et ses amours et sur ses années de bagne.
Superbes astuces de changements de décors (signés Ezio Toffolutti) : on passe en douce des papiers peints de la chambre du patriarche au port de Marseille, de la salle des coffres qui sert d’école aux apprentis malfrats, au pénitencier de Guyane, ses palmiers et ses cages à prisonniers... Les personnages aussi glissent d’un acteur à l’autre comme autant de numéros d’illusionniste. Humour, dérision et gamineries sont au rendez-vous, fidèles à l’esprit Savary, avec ses flics masqués, Dupont et Dupond "avé l’assent", des faux nains chantants, une guillotine qui tranche des chapeaux et une colombe vivante car il y a toujours un volatile ou un lapin chez l’inventeur du Grand Magic Circus et de ses Animaux Tristes.

Sophie Duez : charme, gouaille et une voix ravissante

Puis l’émotion qui tout à coup bascule en noir et blanc et sur grand écran, Verdun, l’enfer des tranchées sur lequel se superpose la mort de Rose, la compagne tirée du ruisseau, l’amour de sa vie et qu’ interprète avec charme, gouaille et une voix ravissante Sophie Duez.
Bernard Thomas qui s’y connaît en calembours et en langue verte a peaufiné des petites phrases qui font mouche : "bénie soit notre dame des diams", "seul, comme un accent circonflexe à la recherche d’une voyelle", "ENA : école nationale de l’arnaque" tout un chapelet de perles qu’Arnaud Giovaninetti, Marius/Arsène enfile allègrement en chansons. La troupe, Mona Heftre, Maxime Lombard, Michel Dussarat et l’irrésistible Rose Thierry dans le rôle de la mère, prend un plaisir visible à se couler dans ce conte réel de justicier détrousseur qui donnait aux pauvres ce qu’il enlevait aux riches. L’évocation dure à peine une heure et trente minutes. Tout juste de quoi laisser un petit goût de trop peu.

Demain la belle, de Bernard Thomas, musique Gérard Daguerre (avec Zouzou Thomas), mise en scène Jérôme Savary, décors Ezio Toffolutti, costumes Michel Dussarat, avec Arnaud Giovaninetti, Sophie Duez, Rose Thierry, Mona Heftre, Maxime Lombard, Gilles Janeyrand, Antonin Maurel, Vincent Schmidt, Guy Perrot. Opéra Comique, du mardi au samedi à 20h, matinées à 15h. Jusqu’au 4 mars - 0 825 00 00 58.

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