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Critiques / Théâtre

Délire à deux d’Eugène Ionesco

par Gilles Costaz

Un couple en guerre

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Délire à deux n’est pas la pièce la plus connue de Ionesco. Elle n’a pas véritablement fait carrière, si l’on ose dire, parce qu’elle s’appuie sur une situation de boulevard, comme bien d’autres des œuvres du maître, mais sans trop la dynamiter. L’auteur s’amuse des disputes conjugales, plus férocement que dans une comédie classique, mais il ne se démarquerait pas d’autres auteurs plus traditionnels, s’il ne créait un conflit parallèle. Autour du couple vociférant, une vraie guerre, militaire, se déchaîne, mystérieuse. Les deux batailles s’additionnent et s’amplifient ! Edith Vernes, qui dit avoir voulu monter la pièce « dans la démesure », a eu deux idées complémentaires qui sont bonnes. Elle fait commencer le spectacle par une mini-pièce de Ionesco, encore moins repérée, Les connaissez-vous ?, à prendre comme le préambule de la vie d’un couple voué à l’incompréhension. Et elle le termine par de propos de vieux ménages empruntés à Victimes du devoir : c’est finir en beauté car ce court dialogue, qui clôt la vie d’un couple, a la simplicité aveuglante des répliques du Roi se meurt.

Le décor est chaotique. On n’a pas eu peur du laid, de l’entassé, du carton de pauvre ! Les acteurs s’y déplacent et s’y opposent avec la dureté de la carapace et des gestes, et une détectable douceur sous cette armure. C’est ce qui les rend attachants : Jacques Faugeron, qu’on a souvent vu au théâtre et qui a une présence de plus en plus nourrie d’étrangeté, et Anne-Sophie Rondeau qui fait, au contraire, ses débuts au théâtre et qui a déjà une personnalité faite de forces riches et contradictoires. Avec eux, guidés par Edith Vernes, l’absurde n’est plus tout à fait absurde. Il est cruellement quotidien.

Délire à deux d’Eugène Ionesco, mise en scène d’Edith Vernes, décors et vidéo de Dimitri Tsykalov, musique de Jean Rondeau, bande son d’Aurélien Paquet et Colas Reydellet, avec Jacques Faugeron et Anne-Sophie Rondeau. Lucernaire, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 10 avril (1 h 10).

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