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Critiques / Théâtre

Dans le nom, texte, mise en scène et scénographie de Tiphaine Raffier

par Marie-Laure Atinault

Voyage au cœur de la France profonde, un thriller rural et sorcier

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Lorsque l’on voit Tiphaine Raffier, elle semble être une jolie blonde, menue, une jeune femme timide. Il faut se méfier des apparences. Sous cette blondeur séduisante se cache une auteure exigeante, qui nous avait séduits avec sa première pièce « La chanson ». Son apparente fragilité étonne ceux qui sont frappé par la complexité et la gravité de son dernier spectacle « Dans le nom ». Ici, Tiphaine Raffier va à l’opposé de « La chanson ».

« Dans le nom » est une pièce à lecture multiple. Il y a d’abord l’anecdote. L’histoire est celle d’un frère et d’une sœur qui deviennent, un peu par défaut, paysans. Ils se retrouvent à la tête d’une exploitation agricole avec un beau cheptel. Au début, ils sont aidés par leur oncle. Leur seule famille. Mais bientôt ils se déchirent. Là tout bascule. De façon inexplicable les bêtes meurent. Le malheur les accable. Le frère et la sœur sont désemparés. Une femme étrange et apaisante, fait irruption dans leur vie, elle peut les aider. Elle ne demande pas d’argent. Mais elle discerne les maux cachés. Tant de malheur, ce n’est pas naturel.

La pièce se situe à la campagne, de nos jours. Comme dans « La chanson », l’implantation géographique est importante. On peut voir la première strate de la pièce : l’histoire de ce frère et de sa sœur aux prises avec des forces malfaisantes, se débattant dans un monde hostile. Puis il y a les autres qui deviennent des ennemis potentiels. La femme qui vient les aider, est-elle une sorcière, un mage, une tireuse de bonne aventure. Comment la définir ? Pour Davy et sa sœur, elle sera la sauveuse. Même si certaines consignes qu’elle leur donne, ressemblent aux principes des sectes qui enferment leurs proies pour mieux les isoler du reste du monde. Mais pour eux, le monde extérieur est dangereux. Leur ennemi invisible vient du monde extérieur. Cet ennemi qu’ils ne savent pas nommer. Qui est-il ? Pourquoi veut-on leur faire du mal ?

Le monde paysan est en train de mourir, le désespoir, l’incompréhension face à des décisions administratives aberrantes, si loin de la réalité du terrain. Les directives de Bruxelles que l’on entend, pourraient prêter à rire tant leur absurdité saute aux oreilles mais elles construisent un monde inhumain. Malgré les scandales de la vache folle, de la traçabilité incohérente, des pesticides qui tuent les abeilles, sans que les politiques décident d’interdire les poisons qui nous tuent et hypothèquent notre avenir. Tiphaine Raffier a eu un déclic pour écrire cette pièce avec les travaux de l’ethnologue Jeanne Favart-Saada qui analyse et dissèque la puissance du verbe et l’ambiguïté des mots, sans jamais porter de jugement.

Le verbe est le noyau du spectacle. Le pouvoir des mots n’est pas toujours considéré comme il se devrait. Les mots peuvent tuer. Pour vaincre le mal, il faut le nommer. Il faut prononcer son nom pour reprendre le pouvoir. Tiphaine Raffier déclare que la langue est une science occulte. Ceux qui possèdent le verbe ont le pouvoir. L’auteure nous invite à un voyage puissant. On reconnaît le style du collectif Si vous pouviez lécher mon cœur qui a subjugué le Festival d’Avignon 2013 avec « Les particules élémentaires » de Michel Houellebecq, mise en scène par Julien Gosselin. Le même collectif nous a entraîné dans le spectacle marathon « 2666 », un nouveau coup de cœur. D’ailleurs presque tous les comédiens font partie du collectif. Le verbe est fondateur, les noms des personnages sont déterminant pour le jeu des comédiens. Dans l’écriture de Tiphaine Raffier, il y a une profondeur, une gravité qui interpelle le spectateur. Le texte titille, sert de rebonds à de nombreuses interrogations. On sent bien que l’auteure aime un certain cinéma, celui de Bruno Dumont, Depardon. Elle a nourri son texte des travaux de Jeanne Favart-Saada, les livres de Pierre Jourde, Richard Millet. Elle ne juge pas, mais présente.

L’ensemble de la distribution est formidable de Victoria Quesnel à François Godart. Ne passez pas à côté de ce spectacle, quant à nous nous attendons impatiemment la prochaine pièce de Tiphaine Raffier.

Crédit photo : Simon Gosselin

Dans le nom , texte, mise en scène et scénographie de Tiphaine Raffier
Avec Joseph Drouet, François Godart, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, David Scattolin, Lou Valentini
Le spectacle fut crée le 22 Mai 2014 au Théâtre du Nord dans le cadre du Festival Prémices 3
Théâtre du Nord, Lille
Du 3 au 10 novembre Grande salle, Lille
Tél : 03 20 14 24 24
www.theatredunord.fr

Tournée :
15/16 novembre Scène Nationale 61 Alençon
24 /25/26 Janvier La Criée Marseille
29 Avril La Scène Le Louvre Lens Lecture muséale

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