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Billets d’humeur / Jacky Viallon

DVD "L’Idiot" et "Octobre" réalisation de Pierre Léon

par Jacky Viallon

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Ce qui est très intéressant dans le travail présenté par Pierre Léon qui s’attaque à un fragment central et crucial du roman « L’idiot » de F. Dostoïevski écrit en 1868, c’est le raccord qu’il réussit à établir en nous présentant un diptyque dont les deux volets sont apparemment dépareillés. Mais à l’étude on trouve raccords et glissements des plus logique : Le premier film travaille sur une des scènes capitale du roman de « L’idiot » de Dostoïevski qui nous livre les résonances d’une époque révolue et le second titré sans allusion à la révolution : « Octobre ». Oeuvre de facture, d’image et de sujets contemporains. Cette juxtaposition met en évidence le syndrome dit de « répétition » chez l’individu. Ce dernier s’attache à son histoire et sombre irrémédiablement dans le répétitif, le renouvellement ; la dépendance au passé l’engluant dans sa dynamique journalière. Pour y échapper sa lutte inconsciente s’exerce avec « le rêve diurne » et plus tard, plus précisément avec le fantasme.
Toutefois, ces différentes strates qui se dessinent dans le mental des personnages, à peine perceptibles par l’homme du commun sont bel et bien, ici, repérées et surlignées par le réalisateur, lequel de par son origine slave sait intuitivement les révéler et les dégager de cette fouille. Mais que nous livre donc cette recherche archéologie du romanesque, peut-on préciser ce parti pris et comprendre cette investigation analysée et filmée ! Que se passe-t-il au juste ?
Dans l’extrait choisi dans « L’idiot », le thème est somme toute simple et banal : Nastassia Philippovna, discrète courtisane de la haute bourgeoisie saint-pétersbourgeoise des années 1860 environ, convoque pour ainsi dire ses prétendants, voire plus élégamment ses observateurs : jeux amoureux stratégiques, mariage en vue par le grand bout de la lorgnette, options sur dot et spéculations envers d’hypothétiques héritages, sont les joutes de la soirée sur fond de rideau à motifs passionnels.
Toute cette brochette de beau monde bavarde, évolue, sous le regard « épingleur » de leur hôtesse qui de son oeil froid et calculateur accule ses visiteurs au défit par un de ces jeux de la vérité quelque peu pervers.
Après leur cruelle confession avouée et inavouable les personnages vont suivre chacun leur dérive. Mais cette dérive n’échappe pas à la loi de l’éternel retour et ils vont continuer à virevolter autour de Nastassia. Finalement c’est le prince Mychkine, prince de la rêverie et de la candeur qui s’approcherait peut-être au plus près de cette conquête presque impossible. Mais l’histoire en voudra autrement…
Quant au deuxième film « Octobre » il semblerait fonctionner tel un huis clos dans un champ ouvert puisque l’action se passe dans un train en marche avec une situation interne statique que l’on retrouvera dans d’autres séquences : trois hommes sont installés dans le même compartiment et lisent tous les trois le même roman, à savoir, « l’Idiot » de F. Dostoïevski
Cette excellente allégorie vient du cru du réalisateur et auteur Pierre Léon. Saluons son œil qui donne habilement procuration à la caméra. La façon de cadrer, d’inscrire les personnages dans le champ, de travailler les distances selon la présence du texte donne au visionnement final une sorte de légèreté dont on est plus d’un à penser de la compétence scénographique du créateur. Malgré la restriction technique imposée par la dimension de l’écran. Le spectateur se sent réellement intégré dans l’action. Une attaque de caméra qui affronte sans artifice les corps et notamment les visages de façon sobre et minimaliste vaut bien quelques secondes de texte.
Pierre Léon ne filme pas du théâtre ou ne s’arrange pas avec une technique cinématographique pour rendre son sujet…Il confond, superpose, utilise et adapte deux techniques scéniques pour en faire la sienne. Qu’il continue ainsi à n’en faire qu’à sa tête cela nous réjouit…et nous donne à voir.

« L’Idiot » de Dostoievski et « Octobre » de Pierre Léon
Avec les comédiens : Jeanne Balibar, Sylvie Testud, Laurent Lacotte, Bernard Eisenschitz et Pierre Léon, Vladimir Léon, Sébastien Buchmann par les Editions Montparnasse - www.editionsmontparnasse.fr

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