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Critiques / Théâtre

Crime et Châtiment

par Caroline Alexander

Au delà de l’obscène

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Le statut d’intermittent du spectacle n’existe pas en Allemagne. Les comédiens au chômage s’y trouvent sans doute parfois dans des situations de tragique précarité pour accepter de s’humilier dans des spectacles hard et trash qui les force à exhiber leur intimité de la façon la plus obscène. On a pu le constater trois soirs durant au Théâtre National de Chaillot où le metteur en scène allemand Frank Castorf présentait son adaptation de Crime et Châtiment de Dostoïevski. On avait découvert il y a quelques années les techniques de mise en scène de Frank Castorf, directeur de la Volksbühne de Berlin avec les premiers volets de sa plongée dans les romans de Dostoïevski, Les Démons, Humiliés et Offensés, l’Idiot. Sa technique avait d’abord séduit par sa nouveauté : Castorf dispose sur scène des sortes de boîtes géantes contenant, à taille réelle, des mobiliers de cuisine, salon, chambre...

Un défilé non stop de scènes à peine descriptibles

Quand les acteurs se trouvent à l’intérieur de ces simulacres de maison ou d’appartement, des techniciens les suivent cameras au poing et les filment en direct. Leurs images sont alors simultanément projetées sur un grand écran face au public qui se trouve ainsi invité à partager les moindres détails de leurs agissements. Les effets sont parfois saisissants, mais une fois la page de nouveauté tournée, et ce dès la deuxième performance du même style, le procédé tourne au système, au truc technologique... A travers Dostoïevski, Castorf voulait, paraît-il, témoigner du chaos de notre monde.

Dans ce dernier opus qui dure cinq heures, de peur qu’on n’en saisisse pas la déliquescence, il l’assène à coups de massue et clés en mains : d’où un festival de vociférations à faire péter les cordes vocales des acteurs et un défilé non stop de scènes à peine descriptibles : personnages éructant et vomissant sur scène puis mangeant leur vomi, urinant en direct ou par caméra interposée, chiant dans des cuvettes retransmises en gros plan et triturant leurs excréments à mains nues, visions panoramiques de fesses nues en plein exercice de copulation. Cerise sur le gâteau de l’insoutenable : les comédiens devant un poste de télévision - évidemment retransmis sur le grand écran - sont censés se délecter à regarder comment on égorge et dépiaute de sa peau un chat vivant !!!
Cette mascarade s’est déroulée sur la scène du théâtre où oeuvrèrent entre autres Jean Vilar et Antoine Vitez. Il ne reste qu’à fuir, un peu honteux. Et à attendre la suite d’une programmation qui généralement appelle à la fête.

Crime et Châtiment d’après Dostoïevski, par la troupe de la Volksbühne de Berlin, mise en scène de Frank Castorf, Théâtre National de Chaillot, les 12, 13 & 14 janvier 2006.

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