Accueil > Conversations avec ma mère

Critiques / Théâtre

Conversations avec ma mère

par Caroline Alexander

La grâce absolue d’une amoureuse de 82 ans

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Quelque part en Argentine au tournant de ce 21ème siècle, en pleine crise économique. Jaime, cadre supérieur a perdu son emploi.. Chômeur il ne peut plus assurer son train de vie bourgeois avec femme et enfant. Il va voir sa mère pour récupérer l’appartement qu’elle occupe, qu’elle a occupé toute sa vie durant… Il veut lui parler, lui expliquer. Elle écoute puis s’échappe avec la douceur d’une caresse, la légèreté d’une feuille au vent d’automne. Il dit que c’est grave, elle le rassure, que non, ce n’est pas grave, des choses graves elle en a connues, tellement plus graves que celle-ci… Elle s’inquiète, a-t-il faim, restera-t-il pour déjeuner avec elle qui lui prépare ses plats préférés depuis vingt ans et qu’il ne vient jamais déguster. Alors elle est obligée de les donner aux chats du quartier…

Il s’appelle Gregorio, il l’aime et ça change tout

Et puis, veuve au long cours, elle renaît aujourd’hui à l’amour… Elle « a quelqu’un », un miracle entré dans sa vie quand elle descendait les royales pitances aux chats. Il s’appelle Gregorio, il a 69 ans et peu qu’importe la différence d’âge ! Il l’aime, il a besoin d’elle, et ça, ce sentiment-là, change tout. Le monde et la perception du monde, le bout de vie qui reste à parcourir et qui retrouve enfin un sens… Dialogues intimes, tendresses divergentes et pourtant si proches

Une première leçon de bonheur

Didier Besace, patron du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers a tiré ces propos échangés, ce dialogue de sourds tissé sur l’amour filial, du film argentin de Santiago Carlos Ovés Conversaciones con Mama. Un sujet qui prolonge le thème consacré aux mères qu’il avait exploité au cours de la dernière saison et dont il vient de reprendre le diptyque de Dario Fo et Franca Rame, La Maman Bohème et Médée. De Conversations avec ma mère, une création, il a fait un tête à tête de théâtre, l’a mis en scène et le joue. Pressé, empêtré dans ses explications, debout dans son imper qu’il ne prend même pas la peine d’enlever, il est confondu, abasourdi, agacé et subjugué par la grâce absolue de sa mère, amoureuse de 82 ans, qui s’emmêle dans les dates, redit trois fois la même chose, n’écoute que d’une oreille et lui donne, sur le tard, sa première leçon de bonheur.

Femme fleur dans la fleur d’un âge avancé

Isabelle Sadoyan est cette mère, ronde et légère, rayonnante comme un puits de lumière. Elle a presque l’âge du rôle, elle qui fut pionnière de la troupe de Roger Planchon au TNP de Villeurbanne et qui tourna dans près d’une cinquantaine de films. On pourrait croire qu’elle est entrée dans ce personnage de femme fleur dans la fleur d’un âge avancé, comme dans une seconde peau. Avec une authenticité stupéfiante, tantôt mutine, tantôt absente, puis tout à coup réelle, les pieds collés au sol, et aussitôt la tête ancrée dans quelque nuage, imprévisible et charmeuse. Tout simplement irrésistible.

Un plateau noir et nu, une table de bois blond sans chichis, deux chaises et des lumières qui vont à l’essentiel. C’est tout et il n’en faut guère plus pour ce concentré de théâtre dans son expression la plus pure. Le rendez-vous dire à peine 1h15. Ne le manquez pas.


Conversations avec ma mère d’après le film argentin de Santiago Carlos Ovés, adaptation Jordi Galceran, texte français Dyssia Loubatière, espace et mise en scène Didier Besace. Avec Isabelle Sadoyan et Didier Besace.

Aubervilliers - Théâtre de la Commune – petite salle – du 25 septembre au 19 octobre 2008, mardi, mercredi, vendredi à 21h, jeudi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h – 01 48 33 16 16

Photo : Isabelle Sadoyan, Didier Bezace. Crédit © Brigitte Engerand (DR)

Date de 1ère publication : 13/10/07

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.