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Critiques / Théâtre

Cinq hommes de Daniel Keene

par Gilles Costaz

Les forçats du monde d’aujourd’hui

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Sur un chantier cinq ouvriers, tous d’origine différente, participent à une construction et vivent dans la proximité des baraquements. Tels sont les Cinq Hommes qu’a imaginés Daniel Keene en les prenant dans cette actualité obsédante où les pauvres de toutes les régions de la planète viennent grossir le prolétariat des pays riches. Ces Européens, Africains, Arabes se retrouvent dans un même logement improvisé. Leurs cultures et leurs croyances peuvent les opposer mais ils se sentent solidaires, bien que les affinités ne créent pas des complicités similaires entre les uns et les autres. Le temps passe, ces forçats se sentent de plus en plus soudés. A la fin des travaux, ils se plaisent à signer leur tâche, en mettant chacun sur le mur l’empreinte de leur main, préalablement couverte de peinture blanche, bien que cela soit interdit et destiné à être effacé. Pourtant l’un d’eux a un comportement fuyant, moins relié aux autres. On lui fait confiance, on aura tort. La traîtrise de cet homme fera naître la tragédie.
Une sorte de mur percé d’alvéoles figure à la fois le chantier et les logements. Les acteurs jouent devant et à l’intérieur de ces niches. Le plus fort de cette mise en scène, c’est d’arriver à donner le sentiment, concret, évident, du travail en chantier, grâce à un jeu physique et à la présence des matériaux, le ciment, la peinture. Tous ces comédiens, Antonio Buil, Dorin Dragos, Abder Ouldhaddi, Boubacar Samb et Bartek Sozanski, qui parlent bien ou mal le français, s’engagent fortement dans des rôles de lutte et de fraternité. Les accents donnent un caractère babélien à la soirée, et donc une belle vérité.

Drame et mélodrame

« Le monde est de la largeur de mes deux paumes, les cieux sont aussi grands que mes yeux », dit l’un des personnages. Splendide phrase d’une pièce qui, pourtant, s’englue quelque peu dans la fabrication de son drame. D’autres pièces de Daniel Keene, un auteur australien qui compte beaucoup dans notre paysage théâtral, nous avaient habitués à une transcription du monde moderne plus souterraine et plus suspendue. La présence d’un traître, d’un méchant alourdit la pièce, la fait passer du côté des bons vieux mélodrames. Bien sûr, on peut penser que l’épisode du vol commis par un ouvrier aux dépens des autres - cette traîtrise qui surgit en fin de pièce ! - est une façon de plus de dénoncer la pression infernale où vivent ces pauvres, mais cela fait néanmoins l’effet d’un gauchissement du texte, d’une sollicitation appuyée du spectateur. La mise en scène de Robert Bouvier, généreuse, manque un peu de distance, pèche par prosaïsme en rapprochant rudement l’action des spectateurs et en n’introduisant pas une dimension plus secrète dans cette recherche turbulente de réalisme. Mais on ne saurait rester indifférent à ce regard aigu sur le monde d’aujourd’hui et à l’interprétation passionnée des comédiens.

Cinq Hommes de Daniel Keene, texte français de Séverine Magois (éditons Théâtrales), mise en scène de Robert Bouvier, scénographie de Xavier Hool, avec Antonio Buil, Dorin Dragos, Abder Ouldhaddi, Boubaca Samb et Bartek Sozanski, théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 25 mai. Durée : 1 h 45.

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