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Chez Berlioz à La Côte-Saint-André (2)

par Christian Wasselin

À La Côte-Saint-André ont également été exhumés les fragments de La Nonne sanglante, opéra inachevé de Berlioz. Avec Schumann aux aguets dans les coulisses.

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Outre le Requiem, l’édition 2018 du Festival de La Côte-Saint-André propose plus d’un concert captivant comme la Messe solennelle dirigée par Hervé Niquet (le 28 août), Harold en Italie sous la direction de John Eliot Gardiner (le 31) ou encore cette rareté entre toutes qu’est Le Temple universel, en compagnie là encore de François-Xavier Roth (le 30).

Mais Berlioz nous a également laissé un opéra inachevé, commencé vers 1841-1842 puis victime de la mauvaise foi des nouveaux directeurs de l’Opéra de Paris et des librettistes (Scribe et Casimir Delavigne) : La Nonne sanglante, d’après un épisode du Moine de Lewis. Le livret, remanié, fut finalement confié à Gounod, qui bien sûr n’acheva pas la partition de Berlioz mais composa sa propre musique (on a pu voir et entendre récemment cette Nonne sanglante à l’Opéra Comique).

Berlioz affirme avoir composé deux actes de son opéra (sur les cinq prévus), mais il ne nous reste guère que deux airs (précédés chacun par un récitatif) et un vaste duo (pour soprano et ténor). Berlioz a sans doute utilisé le reste ailleurs, la conclusion du duo entre Agnès et Rodolphe étant d’ailleurs une copie presque conforme de la fin du duo entre Cassandre et Chorèbe au premier acte des Troyens. On connaissait une partie de ces fragments (les deux airs et les récitatifs) grâce à un enregistrement effectué autrefois par Colin Davis pour la BBC, mais Hugh Macdonald, à l’occasion de l’édition 2007 du Festival de Radio France et Montpellier, avait eu l’intuition de proposer une fin au duo en ajustant aux paroles de Scribe la musique des Troyens qu’on a citée ; et il est vrai que les mots et la situation s’y inscrivent parfaitement. Onze ans plus tard, ce sont ces deux airs et ce duo, de nouveau, qui ont été interprétés, opportunément précédés par quelques pages de Gounod (sa propre Nonne sanglante et Cinq-Mars), Massenet et Boieldieu.

Élégiaque et passionné

On a beau vouloir faire la part des choses, rendre hommage aux compositeurs de talent, prendre du recul, écouter froidement, il reste que la musique de Berlioz est d’un tout autre feu et d’une tout autre étoffe. Comme nous le rappelle l’exposition qui se tient au musée Berlioz de La Côte-Saint-André (« Les images d’un iconoclaste », jusqu’au 31 décembre 2018), Berlioz ne ressemblait en rien à ses contemporains et sa Nonne, même lacunaire, est d’une noblesse qui transporte.

Pour l’interpréter, Vincent Le Texier (qui fut un excellent Balducci dans le mémorable Benvenuto Cellini dirigé en 2016 par François-Xavier Roth) est la basse noble qu’on attend. Rodolphe, personnage élégiaque et passionné, a la voix de Mark Van Arsdale ; ce ténor mozartien et rossinien multiplie les nuances et livre un chant subtil, toujours stylé, qui manque toutefois d’un peu de puissance dans les moments d’éclat. Véronique Gens a l’élégance qu’on lui sait ; elle nous raconte avec un vrai sens du mystère la légende de la nonne (« La foudre gronde », nous dit Scribe, qui oublie de nous rappeler que le tonnerre brille), qui est l’un des moments les plus étranges du duo. À la tête de l’orchestre Ose !, Daniel Kawka est un partenaire attentif. Sa formation est surdimensionnée pour la pimpante ouverture de La Dame blanche de Boieldieu (opéra-comique, également sur un livret de Scribe, qui met lui aussi en scène un fantôme dans un château), mais il interprète Berlioz avec ferveur et souplesse.

Il est heureux que ces extraits soient destinés à faire partie d’un coffret d’œuvres de Berlioz à paraître l’an prochain chez Warner.

Fantastique comme Schumann

On ajoutera qu’on a pu également entendre, le 22 août, l’Orchestre symphonique d’Odense dirigé par Roberto Forés Veses, un peu pâlot dans Sibelius (malgré la chaleur de la violoniste Simone Lamsma), très clinquant dans des pages symphoniques de Wagner (il est vrai que nous avions encore dans l’oreille les couleurs de l’orchestre de François-Xavier Roth dans le Requiem), mais aussi une série de récitals.

Le premier, qui réunissait la hautboïste Céline Moinet et la pianiste Suzanna Bartal, a permis notamment d’entendre une transcription de La Mort d’Ophélie (qui aurait été plus poignante encore au cor anglais).

Les suivants faisaient partie d’un ensemble de quatre rendez-vous fixés par Philippe Bianconi avec Schumann (« ce compositeur que je choisirais s’il ne fallait en choisir qu’un seul », dit le pianiste). Dans l’acoustique un peu réverbérante de l’église de La Côte, entendre les maléfices et la constante invention dont est tissée la musique de Schumann, restitués par un tel interprète, est une expérience passionnante. On accordera la palme au deuxième de ces récitals (avec notamment de féroces Kreisleriana et de magiques Phantasiestücke op. 12, dont « Au soir » et « Dans la nuit », dans des registres très différents, sont des merveilles), plus réussi encore que le premier (qui réunissait Papillons, le Carnaval et les Davidsbündlertänze).

Illustration : Daniel Kawka/dr et Véronique Gens/Franck Juery-Alpha Classics

Festival Berlioz, La Côte-Saint-André, du 18 août au 2 septembre (www.festivalberlioz.com).

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