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Critiques / Jeune Public / Théâtre

Cendrillon de Joël Pommerat

par Jean Chollet

Un conte théâtral magistral

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Après Pinocchio et Le Chaperon rouge, Joël Pommerat aborde à nouveau l’univers des contes avec Cendrillon, dont les versions les plus connues en Europe – très différentes - sont signées Charles Perrault et Jacob et Wihelm Grimm. Plus légère et souriante chez le premier, plus noire et violente chez les seconds. Pour sa part, en restant fidèle à la trame du conte, Pommerat s’est emparé du mythe en tenant à distance les stéréotypes et l’imagerie qui lui sont souvent accolés, au cinéma comme au théâtre. Tant par son écriture originale et vivace que par l’ensemble de sa réalisation, il réussit, dans une transposition pleine de modernité, à apporter une profondeur prégnante au conte et à ses personnages, réunis dans un voyage initiatique et identitaire à partir de l’enfance, jusque dans ses rencontres avec la mort.

Après avoir quitté sa mère sur son lit de mort, la jeune Sandra (Cendrillon) est confiée par son père, inconsistant et lâche, à une belle-mère marâtre flanquée de deux filles nunuches et pimbêches, dont elle devient le souffre-douleur. Mal logée dans une soupente, elle doit surtout s’acquitter des tâches ménagères les plus sordides – ici largement évoquées – et subir les brimades et les humiliations de celles qui partagent son quotidien. Non sans garder, par fidélité à un serment, une capacité de rébellion issue d’un caractère bien trempé. Puis, vient l’annonce d’un bal donné par le Roi en l’honneur de son fils auquel les trois femmes sont conviées. Cendrillon, bien sûr, n’est pas de la fête mais avec l’aide de sa marraine –fée, elle réussira à rejoindre le Palais royal pour rencontrer le Prince. Coup de foudre et happy end.

Découpée en brèves séquences ponctuées de noirs, la représentation ouvre sur une réflexion existentielle en portant, à travers ses décalages et ses inventions, un regard interrogateur, non dépourvu d’humour, sur la condition humaine. Tour à tour émouvant sans mièvrerie ou comique avec subtilité. Cette très belle réussite est portée par une interprétation magnifique. Deborah Rouach campe une Cendrillon impertinente, espiègle et obstinée, Alfredo Cañavate est un père falot à souhait, puis un roi attaché au bonheur de son fils, Catherine Metoussis une pétulante et acariâtre belle-mère devenue rivale de ses filles, les deux sœurs, Noémie Carcaud et Caroline Donnelly, sont parfaites dans le registre de bécasses prétentieuses avant d’interpréter respectivement une fée joyeusement disjonctée, et un prince – qui n’a rien de charmant – obsédé par la disparition de sa mère. Le récit est aussi porté par la gestuelle d’un narrateur, Nicolas Nore, accompagné de la voix off troublante de Marcella Carrara.

Mais la plénitude de ce spectacle résulte aussi des autres éléments qui le composent. Dans la boîte noire aux parois coulissantes autorisant des effets miroirs conçue par Eric Soyer, dont les lumières intègrent avec finesse les vidéos très réussies de Renaud Rubiano, se révèlent ambiances et atmosphères évocatrices adaptées à ce conte croisant le réel et l’onirique. Ainsi, c’est dans la succession et les mouvements des images présentées avec brio que s’exprime la notion de féérie attachée au genre. Sans oublier la contribution des costumes organiques d’Isabelle Deffin, ou la musique d’Antonin Leymarie et le son de François Leymarie. Car le théâtre de Joël Pommerat fusionne avec maîtrise et intelligence tous les composants qui lui sont associés, sans hiérarchie, dont l’alchimie résulte d’un long travail de création. Son aboutissement s’avère ici particulièrement remarquable et suscite un grand plaisir théâtral.

Cendrillon, texte original et mise en scène Joël Pommerat, avec Alfredo Canavate, Noémie Carcaud, Marcella Carrara, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Deborah Rouach et Nicolas Nore. Scénographie et lumières Eric Soyer, costumes Isabelle Deffin, son François Leymarie, musique originale Antonin Leymarie, vidéo Renaud Rubiano. Durée : 1 h 30. Odéon – Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier jusqu’au 25 décembre 2011. En tournée en France, Belgique et Suisse de février à juin 2012.
A partir de 8 ans.

Texte à paraître aux éditions Actes Sud-Papiers en mars 2012

Escapades

Les représentations de ce spectacle, intègrent le festival “Escapades” dirigé par Pascale Paulat et orienté en direction de jeunes spectateurs. Jusqu’au 25 décembre 2011, plusieurs manifestations sont ainsi proposées dans sept lieux différents. Une lecture de la nouvelle de J.M.G. Le Clézio, “ Balaabilou” par la Compagnie Les Livreurs (Auditorium du Louvre), des concerts avec “Ma nuit Bowie” réalisé par Isabelle Wéry (Centre Wallonie – Bruxelles à Paris) et la chanteuse Nadeah (Point éphémère – Paris) et des spectacles : “ Jai aimé “ par la Compagnie En attendant (Collège Grange aux Belles – Paris), “ Un jour j’irai à Vancouver” par la Compagnie La Langue pendue, et “ P.P. Les P’tits cailloux” par la Compagnie Loba (Théâtre Berthelot – Montreuil), “ Nuit d’orage” par la Compagnie québecquoise Le Carroussel (Tarmac), et “ We dance to forget ” par la Compagnie Fabuleus (Maison des Pratiques Artistiques et Amateurs – Paris). Renseignements et réservations : www.festivalescapades.fr

© Cicci Olson

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1 Message

  • Cendrillon de Joël Pommerat 17 novembre 2011 21:18, par LEWANDOWSKI

    WAHOU !!

    Quel spectacle ! Une mise en scène extraordinaire, des comédiens parfaits, font de ce moment, un pur instant de joie, de gaieté, d’émotion.

    Très heureux d’avoir assisté cette pièce !
    Bravo !

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