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Critiques / Théâtre

Ce soir on improvise de Luigi Pirandello

par Caroline Alexander

Parcours pirandellien à la découverte d’un nouveau théâtre

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Un théâtre tout neuf vient de s’ouvrir dans la très proche banlieue de Paris, à Montreuil. Il est l’un des 33 centres dramatiques nationaux de France, soutenus par l’état et les collectivités locales au titre de théâtre public. Celui de Montreuil fut gratifié de ce statut envié en juillet 2000, grâce au talent et à la calme obstination de Gilberte Tsaï. Metteur en scène doué, après sept ans passés dans des locaux de transition, elle dispose désormais d’un bel outil de béton blanc, acier et verre inauguré le 12 janvier dernier. Dominique Coulon en signe l’architecture aux lignes d’aujourd’hui dressées sur 2600 m2 face à la mairie.

Pour en faire découvrir les espaces publics et les dédales plus retirés, les spectateurs sont invités à déambuler dans ses salles et coursives tout au long d’un parcours baptisé du nom de l’auteur qui a inspiré le spectacle d’ouverture : Pirandello, le Sicilien, l’homme des Six personnages en quête d’auteurs, l’alchimiste des apparences, le jongleur des ambiguïtés de la vie. Les comédiens du spectacle balisent la promenade de saynètes tirées de différentes pièces, A chacun sa vérité, Se trouver, L’autre fils… Un jeu de piste est proposé, des places sont offertes aux plus futés. On passe du dessous de scène au foyer des artistes, on longe des couloirs, on jette des regards indiscrets dans les loges, on découvre la cafétéria pour se désaltérer ou déguster une friandise. En attendant que s’ouvre la salle de 400 places, grand confort sur gradins en pente rapide. Tout se décline du rouge au noir, en pourpres divers et camaïeux de gris. Béton, parquet, pavés, moquettes… C’est fonctionnel, jeune, élégant.

Théâtre dans le théâtre sur le grand air de la jalousie

Le choix de cet étrange objet théâtral est des plus judicieux pour poursuivre l’exploration des multiples possibilités offertes par ce nouveau lieu. Théâtre dans le théâtre si cher à Pirandello, la pièce se prête à merveille aux démonstrations-explorations. Une région, une troupe, un canevas de pièce : dans un théâtre de Sicile, un metteur en scène autoritaire, entraîne une troupe venue de Naples dans la l’élaboration d’un spectacle qui aurait pu sujet une nouvelle de … Pirandello, Leonora, addio. Les voilà sur le gril des affres de la création, la mère, mamma castratrice exubérante, et ses trois filles, le mari bonne pâte et un rien dépressif, les officiers d’une garnison voisine toujours prêts à lutiner les filles, le tout formant, sur le grand air de la jalousie, un improbable rendez-vous d’êtres contrariés. On tangue, on balance entre le monde et la représentation du monde, l’œuvre et sa réalisation, l’acteur et son personnage, l’illusion et la réalité. Les situations sont mises en miroirs et en abîmes, les limites sont brouillées dans un feu d’artifice de possibilités. On pense au film de Fellini La Prova d’Orchestra où des musiciens sont saisis comme animaux d’un zoo humain au cours d’une répétition, d’autant qu’ici aussi la musique agit comme un personnage de plus dans l’art de l’improvisation et du dérapage. En tête, Verdi et son Trouvère, mais aussi une valse tirée de La Traviata et la révolte de Carmen la féministe cigarière de Bizet.

Des comédiens amateurs jouent aux spectateurs

La troupe, la vraie, celle réunie par Gilberte Tsaï, se fond visiblement avec délices et une folle énergie dans ces imbroglios où le vrai et le faux se renvoient la balle, où le public et les acteurs sont embarqués dans une même croisière. La scène immense (13 mètres de profondeur, 21 de largeur) assez grande pour abriter une superproduction d’opéra, se laisse habiter à nu, du sol aux cintres, passe d’un champ d’aviation à un salon pour une leçon de piano. Dans la salle des comédiens amateurs jouent aux spectateurs dans toutes sortes d’interventions et finissent par entraîner les vrais spectateurs avec eux dans d’ultimes jeux de dédoublements pirandelliens. Christiane Cohendy mène avec punch et humour ces folles chevauchées sur les apparences, Maxime Tortellier sonne aussi juste en pianiste qu’en acteur, Sylvie Debrun, Anne Sée, Aurélie Toucas, les divas du bel canto, Roland Depauw, héros fatigué, Clément Victor metteur en scène aboyeur… Jolie trouvaille d’entre deux mondes : Pirandello en personne – l’excellent Gérard Hardy au feutre vissé sur cheveux gris – observe et commente le petit monde en folie qu’il a créé.

Ce soir on improvise d’après Luigi Pirandello, traduction Ginette Herry, montage et mise en scène Gilberte Tsaï, scénographie Laurent Peduzzi, costumes Cidalia Da Costa, lumières Hervé Audibert, son Bernard Valléry, maquillages et coiffures Catherine Nicolas. Avec Christiane Cohendy, Sylvie Debrun, Roland Depauw, Gérard Hardy, Laurent Manzoni, Jacques Mazeran, Juliette Navis Bardin, Sophie Neveu, Anne Sée, Gurshad Shaheman, Maxime Tortelier, Aurélie Toucas, Clément Victor.

Nouveau Théâtre de Montreuil, salle Jean-Pierre Vernant – du 12 janvier au 2 février 2008, les lundi, vendredi, samedi à 20h30 – visites à 19h30 - , mardi et jeudi à 19h30 – visites à 18h15 - – relâche les 20, 26 & 27 janvier.
01 48 70 48 90 – www.nouveau-theatre-montreuil.com

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