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Critiques / Opéra & Classique

Cassandre

par Caroline Alexander

L’éternelle malédiction des peuples

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Michael Jarrell/Christa Wolf/Georges Lavaudant et Astrid Bas : cet alliage musique/texte/mise en scène et interprétation vient de donner naissance à Cassandre l’un des spectacles les plus poignants de cette fin d’année. Avec l’Ensemble Intercontemporain qui mène au sommet les musiques d’aujourd’hui.

La ferveur incandescente d’Astrid Bas

Christa Wolf, la rebelle, importante femme de lettres allemandes issues de l’ex-RDA, aime s’inspirer des mythes antiques et inspire les gens de musique. Il y a quelques années Michèle Reverdy mettait en opéra son roman Médée. En 1994, le compositeur suisse Michael Jarrell s’était attaqué à sa Cassandre pour en faire un saisissant monodrame de 80 minutes, un opéra à une voix qui fait penser tantôt à La Voix Humaine Poulenc et Cocteau, tantôt au classique Erwartung de Schönberg. Ici le personnage titre n’utilise pas le chant mais le langage parlé. C’est donc une comédienne qui a la charge de souffler la braise des imprécations de la captive d’Agamemnon qui, en vainqueur absolu, en a fait sa maîtresse. A sa création au Châtelet, la blonde Marthe Keller lui donnait chair et vie. Dans la nouvelle production qui vient d’être créée aux Ateliers Berthier de l’Odéon, la brune Astrid Bas prend la relève avec une ferveur incandescente. Longue, fine, noire, le cheveu court, le visage nu, la voix chargée d’orages, elle irradie le malheur en écho à la musique déchirée de Jarrell, en porte-voix de la lucidité blessée de Christa Wolf qui avait trouvé dans les prédictions de la prophétesse de Troie le destin dévasté de son Allemagne.

Des balises striant la nuit

Georges Lavaudant qui vient d’apprendre que son mandat à la tête de l’Odéon -Théâtre de l’Europe - prendra fin dans trois mois, signe une mise en scène d’une impeccable beauté. Il y a cet écran géant qui habille l’arrière scène et le fait palpiter d’images fortes, paysages en ruines, passages éclairs de dessins animés et surtout gros plans du visage habité d’Astrid Bas. A l’avant scène, une sorte de coulée de lave s’avance vers le public, et des fils croisés s’illuminent comme des balises striant la nuit.

Cassandre ou l’éternelle malédiction des peuples. La musique de Jarrell halète, roule comme un bombardement. Les percussions, les vents, les cuivres tissent la toile d’un cataclysme à venir, des poussées électroniques réalisées à l’Ircam en font éclater le réalisme, et l’Ensemble Intercontemporain en distille chaque battement de cœur sous les doigts précis de sa nouvelle directrice musicale, la Finlandaise Susanna Mälkki.
Trois représentations à peine ont eu lieu pour en jouir à Paris - ce type de production coûte, hélas, trop cher pour une exploitation à long terme. Pour la revoir ou la découvrir encore on pourra faire le voyage à Strasbourg en octobre 2007.

Cassandre de Michael Jarrell d’après Christa Wolf par les solistes de l’Ensemble Intercontemporain, direction Susanna Mälkki, réalisation informatique musicale Ircam, mise en scène Georges Lavaudant, décors et costumes Jean-Pierre Vergier. Avec Astrid Bas.
- Odéon - Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier, les 9,12 & 13 décembre 01 44 85 40 40
- Strasbourg Opéra National du Rhin les 5 & 6 octobre 2007
- Mulhouse, La Filature, le 14 octobre.

http://www.theatre-odeon.fr

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