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Critiques / Autres Scènes

Café Polisson

par Caroline Alexander

Chansons coquines et suggestions canailles au cœur d’un caf’conc’ Belle Epoque

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L’Auditorium du Musée d’Orsay, blotti sous les salles de l’exposition Grandeurs et Misères – Images de la prostitution de 1860 à 1910 –a pris les couleurs et les signes d’un caf’conc’ tel que Toulouse Lautrec en a restitué l’âme. Un grand nombre de ses tableaux sont d’ailleurs répartis dans les salles de l’expo, agencées, thème par thème, en tir croissant du désir et de son assouvissement. Accrochage minutieux sur les murs tapissés de rouge tomate mûre. Manet, Degas, Renoir, Courbet, Picasso, Steinlein, Munch, Van Dongen, Bernard escortent Lautrec en observateurs curieux du monde et demi-monde.

L’Auditorium s’est donc revêtu de leurs signes . Le fond de scène en toiles peintes en restitue les images et le climat. La scénographie de Jean-Jacques Gernolle, les peintures de Maïté Goblet plongent aussitôt le spectateur dans l’ambiance du lieu de plaisirs où les aguicheuses de service poussent la chansonnette pour aimanter le client. Côté jardin un piano que taquine en virtuose de cabaret Jean-Pierre Gesbert, le poil gris frisé sur le crâne et le sourire complice. Côté cour, un vestiaire pour cocottes et Nathalie Joly en velours rouge et soie blanche, ravissante, appétissante ressuscite une gouaille de style Yvette Guilbert, entourée par la brune Bénédicte Charpiat danseuse élastique dont la silhouette androgyne pimente l’ambiance d’un grain d’ambiguïté et par Louise Jallu et ses airs de vierge égarée qui souligne rondes et valses sur son bandonéon.

La femme chantante à l’aube du XXème siècle met au rancart son statut de putain demi-mondaine. Elle la célèbre en musique canaille, énumère les appellations de ses ex-consœurs, les pierreuses, les gueuses, les gommeuses, les buveuses d’absinthe et autres fleurs de trottoir. Elle tarifie leurs services, les gourmandises buccales et autres et le temps compté des plaisirs fournis.

Comédienne et chanteuse au timbre arc en ciel velouté, au parler clair et au jeu malin, Nathalie Joly, conceptrice du spectacle a pioché dans le répertoire cabaret du Second Empire à la si bien nommée Belle Epoque, enjambant les années et les interdits en chansons douces, âcres, drôles, tristes, des roucoulades et des mots signés entre autres Aristide Bruant, Vincent Scotto, Gustave Nadaud, Yvette Guilbert…. Décolleté généreux, mines aguicheuses elle lance « oiseau volage sur mon passage », « madame Arthur », la partie carrée des « Boudins et des Boutons », « la Pine » et pour « L’éloge des vieux », descend en repérer un dans la salle.

Ce hors d’œuvre grivois ou plutôt dessert goûteux spécialement conçu pour lancement de l’exposition ne connaîtra que quatre représentations*. Reste à espérer qu’une tournée lui ouvrira les portes de nombreux théâtres.

Café Polisson en ouverture de l’exposition Splendeurs et Misères, images de la prostitution 1850-1910, conception et textes Nathalie Joly, mise en scène Jacques Verzier, scénographie & décor Jean-Jacques Gernolle, peinture Maïté Goblet, costumes Claire Risterucci et Carmen Bagoe, lumières Carla Tomé, son Vincent Cren. Avec Nathalie Joly, Jean-Pierre Gesbert, Louise Jallu et Bénédicte Charpiat.

Auditorium du Musée d’Orsay, les 24 septembre & 15 octobre à 20h30, les 3 & 10 octobre à 16h

01 53 63 04 63- - musee-orsay.fnacspectacles.com

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