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Critiques / Opéra & Classique

Cadmus et Hermione de Jean-Baptiste Lully

par Caroline Alexander

L’Enchantement d’une résurrection à l’identique

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Deuxième volet de la politique de Jérôme Deschamps, nouveau patron de l’Opéra Comique de Paris qui a juré de rendre à son théâtre les vertus de son histoire avec Cadmus et Hermione, tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully. Une totale réussite où, après les travaux de l’été dernier, la salle se révèle un écrin acoustique idéal pour ce répertoire.

Ce premier opus lyrique de Lully devint en son temps le sésame qui lui ouvrit les portes du royaume du Roi Soleil. Lequel, sur le succès remporté, le sacra surintendant de la musique de sa cour. Ce n’est sans doute pas son meilleur opéra mais il tient lieu de document et de témoignage tout comme la représentation qu’en donne l’équipe qui réunit salle Favart, le chœur, l’orchestre et les danseurs du Poème Harmonique, son chef Vincent Dumestre et Benjamin Lazar, leur metteur en scène.

Des drôles de loustics baroqueux

A l’heure où les diktats de la mode poussent à réactualiser toutes les œuvres du passé en les projetant sous nos cieux à n’importe quel prix, ces drôles de loustics baroqueux font marche arrière , se retournent à 360° et s’appliquent à retrouver toutes couleurs, tous les rythmes et toutes les ficelles du temps où les œuvres furent créées. Leur engagement nous valut en 2004 un Bourgeois Gentilhomme, éclairé à la bougie comme chez Molière et récemment au Théâtre des Champs Elysées le Sant’Alessio de Stefano Landi chanté par neuf contre ténors (voir webthea du 26 novembre 2007) dans les mêmes lumières vacillantes.

Un parfum désuet gentiment facétieux

Dumestre et Lazar ne lésinent sur aucun détail : la gestique baroque est scrupuleusement reconstituée dans les attitudes et les danses si délicieusement chorégraphiées par Gudrun Skamletz. Le parler comme le chanter respectent les règles de la diction d’alors (ou du moins ce qu’on en imagine), avec un sort jeté sur les consonnes terminales (les « s » des pluriels, les « r » des verbes à l’infinitif) et des tournures où les « ouah » deviennent des « ouéh », les rois des « rouéhs ». Paradoxalement ce qui pourrait paraître affecté ou maniéré revêt ici un charme souriant, un parfum désuet gentiment facétieux.

L’oeil se régale et se met à l’écoute

Les nuages joufflus, les animaux fantastiques, les paysages qui défilent et se chevauchent en toiles peintes des décors d’Adeline Caron, la richesse des costumes et leur incroyable fantaisie revisitée par Alain Blanchot, les danseurs ailés, les hommes insectes, les soldats de plomb animés, les géants et les satyres dans les lumières dansantes des bougies qui font écho aux discrets éclairages de Christophe Naillet… Tout est miraculeusement en place, l’œil se régale et se met à l’écoute.

C’est dans les Métamorphoses d’Ovide que le poète Quinault puisa pour Lully le sujet de sa tragédie avec « happy end ». Un monde d’entre deux mondes, entre les dieux de l’Olympe et les hommes qui leur sont soumis, où Apollon terrasse le serpent Python et Cadmus un vilain Dragon, où l’on croise Pallas, Junon, Venus, Mars et l’Amour aux yeux bandés, des Africains en goguette, où les bons gagnent et où les méchants sont punis, autant d’allégories pour chanter les passions du cœur et du corps– ah ! qu’il est doux d’aimer… - et pour célébrer la grandeur du monarque.

Un spectacle total, comme le plaisir qu’il procure

La connivence est perceptible entre l’orchestre, son chef et le metteur en scène devenu en quelques années le spécialiste assermenté de spectacles à l’ancienne, suivant en cela la voie ouverte il y a vingt ans par Jean-Marie Villégier qui recréait avec William Christie cet Atys de Lully entré dans les annales de légende. Clavecins, théorbes, violes, basses de violon, hautbois se parent de broderies sonores rarement atteintes. Les chanteurs/acteurs en suivent les méandres avec grâce et brio, André Morsch/Cadmus, Claire Lieffiliâtre/Hermione, l’ineffable Arbas d’Arnaud Marzorati et la nourrice drolatique du haute contre Jean-François Lombard, mènent la troupe vers l’ovation debout du triomphe. Le spectacle est total. Comme le plaisir qu’il procure.

Cadmus et Hermione de Jean Baptiste Lully sur un poème de Quinault d’après « Les Métamorphoses » d’Ovide. Orchestre, chœur et danseurs du Poème Harmonique, direction artistique Vincent Dumestre, mise en scène Benjamin Lazar, chorégraphie Gudrun Skamletz, scénographie Adeline Caron, costumes Alain Blanchot, lumières Christophe Naillet. Avec André Morsch, Claire Lefilliâtre, Arnaud Marzorati ; Jean-François Lombard, Isabelle Druet, Camille Poul….
Théâtre National de l’Opéra Comique, en coproduction avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, la Fondation Royaumont, l’Opéra de Rouen, le Théâtre de Caen et le Poème Harmonique.
A Paris les 21,23,24,26 et 27 janvier 2008. 0825 01 01 23 –
Au Théâtre des Arts de Rouen les 2,5 & 6 février - 08 10 81 11 16.
Reprise en automne 2008 à l’Opéra Royal de Versailles

crédit photo : Elisabeth Carecchio

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