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Critiques / Théâtre

Biographie sans Antoinette de Max Frisch

par Caroline Alexander

Quand Thierry Lhmermitte et Sylvie Testud remontent l’horloge du temps

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Existe-t-il une machine à remonter le temps qui permettrait de revivre sa vie autrement ? Une sorte d’horloge en marche arrière qui s’arrêterait à quelques moments clés dont on pourrait changer le dénouement ?

L’auteur suisse de langue allemande Max Frisch (1911-1991) aime poser des questions sans y répondre. Pour lui, énoncer une énigme a davantage de sel que lui trouver une solution. Andorra, Don Juan ou l’Amour de la géométrie, Bidermann et les Incendiaires, ses plus célèbres pièces, traduites et jouées en France, recèlent ces parts de mystère que rien ne vient éclairer. Il est l’homme des intentions refoulées, des arrière-pensées, une sorte de creuseur de moralité sans morale. Marié, divorcé à plusieurs reprises, il est aussi celui pour lequel la notion de couple se referme sur une impasse…

Théâtre dans le théâtre ou film en cours de tournage

Biographie sans Antoinette qui vient de poser ses interrogations sur la scène du théâtre de La Madeleine à Paris se situe très exactement dans ce parcours de l’intime. Le titre original de la pièce, Biografie, ein Spiel, Biographie, un Jeu écrite dans les années 67/68, reprise en 1984 et créée en français en 2000 au Théâtre de La Commune d’Aubervillers, – situe plus exactement l’enjeu : celui des possibilités offertes à un individu, à un moment clé de sa vie. Ici, Antoinette, deuxième épouse de Kürmann, le personnage principal, est l’incidence majeure du jeu théâtral auquel il se livre, mais elle n’est pas seule en piste. L’essentiel étant le jeu lui-même : théâtre dans le théâtre – ou film en cours de tournage – avec un auteur, un metteur en scène-meneur de jeu, des assistants et des acteurs…

Les dialogues changent le scénario reste égal à lui-même

Le professeur de comportementalisme Kürmann, universitaire de renom politiquement incorrect, a fait un mariage d’amour qui a mal tourné : sa femme le trompe, il est malade… Pouvoir tout remettre à zéro, éliminer les décisions qui ont engendré les malentendus, les remplacer par d’autres alternatives ! Mais lesquelles ? Donner une autre suite à ce flirt entamé sur un canapé au terme d’une soirée entre amis bien arrosée… Kürmann cherche une autre solution que celle du lit qui l’a mené au mariage. Il tourne en rond, sort par une porte, revient par l’autre, recommence les mêmes erreurs, les dialogues changent, le scénario reste égal à lui-même… C’est un peu Ce soir on improvise, il y a du Pirandello dans ce jeu de rôles. Etre ou ne pas être communiste, souffrir d’une gastrite pour ne pas prononcer le mot cancer, échapper à la banalité. Les possibilités que le meneur de jeu propose au candidat au changement, sont également offertes à sa partenaire, cette femme, cette épouse qu’il aurait voulu, dit-il, ne pas connaître. Alors, quand c’est elle qui change la donne, ça bouscule tout…

Une prestation en demi teintes, un charme à la Lolita

Hans Peter Cloos signe une mise en scène plutôt convenue dans le style comédie de boulevard qui se contente d’effleurer sans trop y toucher les implications politiques de Frisch. Les scènes se succèdent comme des plans de cinéma dans un décor à transformations rapides de Jean Haas, quelques meubles un panneau peint à la Rothko et la désormais inévitable séquence vidéo du vidéaste Pierre Nouvel.
Cloos a confié à deux vedettes les rôles du professeur et d’Antoinette, son épouse : Thierry Lhermitte, qui n’était plus apparu sur scène depuis L’ex-femme de ma vie de Josiane Balasko, il y a presque vingt ans, est le mari, l’enseignant, le militant qui veut changer les traces de son destin, Sylvie Testud est celle qu’il a aimée, qui l’a aimé, qui en aime un autre, qui va et vient, feuille légère emportée par le vent de son histoire. Lhermitte joue celui qui ne sait sur quel pied danser, entre ahurissement et incertitude. Une prestation en demi- teintes qui manque étrangement de fantaisie, ce qui surprend de la part d’un ex-pensionnaire des Bronzés qui avait fait du comique le sésame de sa carrière. Elle, silhouette de gamine à peine pubère, en mini robes pastel des années 70, aguiche, s’échappe, caresse et mord tour à tour. Avec un charme à la Lolita, elle danse son personnage autant qu’elle le joue. Eric Prat, l’animateur, meneur de jeu et tireur de ficelles, affiche avec naturel sa rondeur bonhomme, Sava Lolov et Ariane Moret jouent savoureusement les Fregoli de la galerie de personnages épisodiques qui traversent la scène et la vie du couple.

Biographie sans Antoinette de Max Frisch, traduction Patrick Démerin, et Bernard Lortholary, mise en scène Hans Peter Cloos, décors Jean Haas, lumières Jean Kalman, musique Peter Ludwig, vidéo Pierre Nouvel. Avec Thierry Lhermitte, Sylvie Testud, Eric Prat, Ariane Moret, Sava Lolov.
Paris – Théâtre de la Madeleine – jusqu’au 31 décembre 2007
01 42 65 07 09 www.theatremadeleine.com

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