Pygmalion et Dardanus de Rameau au Festival de Beaune les 19 et 20 juillet
Beau doublé Rameau
Retour aux sources pour deux opéras de Rameau dans des représentations de concert parfaites à bien des égards.
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- 21 juillet
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LE FESTIVAL DE BEAUNE CONNAÎT UNE NOUVELLE ÈRE. C’est ainsi que cette édition 2025 est la première de son nouveau directeur, Maximilien Hondermarck. Celui-ci succède à Anne Blanchard, après quarante ans de bons et loyaux offices à la tête de ce festival qu’elle avait créé. Peu de variations dans la programmation, à en juger par cette édition qui rassemble la fine fleur des interprètes baroqueux pour des œuvres éclectiques. On relève cependant le changement de l’intitulé du festival : « Festival international d’opéra baroque », en lieu de « Festival international d’opéra baroque et romantique », selon sa récente appellation et sa récente vocation à couvrir également le répertoire romantique. Prémices d’une nouvelle réorientation ?...
Au cœur de cette édition, Rameau est à l’honneur (comme souvent dans ce festival de Bourgogne, pour ce compositeur bourguignon de naissance et pour partie de carrière). Se succèdent ainsi deux opéras et deux chefs-d’œuvre : le ravissant acte de ballet Pygmalion et la grande tragédie lyrique Dardanus. Pygmalion ouvre le ban ce vendredi à la basilique Notre-Dame. L’Ensemble Masques dirigé par Olivier Fortin le présente, aidé d’une distribution de chanteurs de haut vol (dans le cadre d’une tournée en région). Cyril Auvity incarne le rôle-titre avec le bagout et la prestance vocale que l’on sait de ce haute-contre. Hannah Ely (la Statue), Judith van Wanroij (l’Amour), Marie-Frédérique Girod (Céphise) le secondent d’un bel ensemble. On regrette seulement le chœur réduit à trois chanteurs (auxquels s’ajoutent toutefois les solistes pour l’ensemble final), cependant bien placés. Une judicieuse animation scénique, due à Thomas Condemine, ajoute à l’impact de ce livret en forme de petite farce. Les instrumentistes accompagnent avec ce qu’il faut d’ardeur, mené avec justesse par Olivier Fortin devant son clavecin. Belle entrée en matière !
Rameau éclatant
Le lendemain, toujours à la basilique (repli de la cour des Hospices, en raison du temps pluvieux), place à Dardanus. Il s’agit de la deuxième version, quasi inédite, datée de 1744. La tragédie lyrique avait connu trois versions, de 1739 puis révisée de forme plus tragique en 1744 dans les trois derniers actes fortement modifiés, puis en 1760 avec quelques aménagements. Mais on peut considérer que c’est la deuxième version qui en est son meilleur aboutissement. Officie cette fois-ci l’ensemble Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, sous la direction d’Emmanuel Resche Caserta, en compagnie du Chœur de chambre de Namur et d’une distribution vocale bien choisie. Reinoud Van Mechelen (qui avait chanté et dirigé Pygmalion à la tête de son ensemble il y a peu à Versailles) est un Dardanus de grande prestance avec le magnifique phrasé dont ce ténor mixte est coutumier. Le baryton Thomas Dolié figure Anténor d’un chant et d’une incarnation profondément portés. Camille Poul est une Iphise et un Amour d’un délicat contour. Marie Perbost serait pour sa part une Vénus quelque peu trop emportée dans ses aigus. Alors que Stephan MacLeod est un Teucer (le roi, père d’Iphise dont s’est épris Dardanus) très expressif. Le Chœur de chambre de Namur (préparé par Thibaut Leanerts) intervient avec élan dans l’excellence qu’on lui connaît. Emmanuel Resche Caserta, parfois à son violon, mène tout son beau monde et des instrumentistes talentueux, pour un Dardanus revigorant. Autre moment d’un Rameau éclatant !
Illustrations : l’Ensemble Masques interprète Pygmalion (photo Ars Essentia) ; Reinoud Van Mechelen (photo dr)
Rameau : Pygmalion. Avec Cyril Auvity (Pygmalion), Hannah Ely (la Statue), Judith van Wanroij (l’Amour), Marie-Frédérique Girod (Céphise). Thomas Condemine (animation scénique). Ensemble Masques, dir. Olivier Fortin.
Dardanus. Avec Reinoud Van Mechelen (Dardanus), Thomas Dolié (Anténor), Camille Poul (Iphise et Amour), Marie Perbost (Vénus), Stephan MacLeod (Teucer). Chœur de chambre de Namur (préparation Thibaut Leanerts), Ensemble Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, dir. Emmanuel Resche Caserta. Festival de Beaune, 19 et 20 juillet 2025.



