Accueil > Battuta - Zingaro

Critiques / Autres Scènes

Battuta - Zingaro

par Caroline Alexander

La poésie loufoque des tziganes et des chevaux

Partager l'article :

Un vent de folie emportant bêtes et gens

Cette dernière création de Bartabas, l’homme-cheval, l’âme de Zingaro, amorce une boucle dans l’itinéraire de son Théâtre Equestre. Une espèce de retour aux sources, au temps du cirque Aligre et des premiers Cabarets Equestres où la bonne humeur partagée et la joie de vivre primaient sur tout le reste. Exit donc cette fois les grandes figures de cette singulière haute école où les hommes ne dressent pas les chevaux mais leur parlent. L’alchimie des corps à corps, cœurs à cœurs entre cavaliers et montures cèdent la place à un vent de folie qui emporte bêtes et gens dans un triple, quadruple galop de loufoquerie poétique.

Cuivres de feu et cordes rêveuses, musiques à danser, musiques à pleurer

La musique y prend une part prépondérante, authentiquement populaire, trépidante et nostalgique. Après l’Inde méditative de Chimère, le Tibet mystique de Loungta, la Corée secrète d’Eclipse, voici, inattendue, débridée, blagueuse, la Roumanie des tziganes, des Roms, des Manouches. D’un côté les cuivres de feu, toujours en liesse de la fanfare Shukar de Moldavie, en face les cordes rêveuses de l’ensemble Taraf de Transylvanie, deux violons, deux altos, une contrebasse dont les plaintes s’envolent en spirales. Musiques à danser, musiques à pleurer, loin des copies pour touristes, du pur sang musical : les deux formations cadencent le spectacle sans une seconde de répit, les histoires, se succèdent et s’enchaînent en rondes ininterrompues, passant des tableaux lyriques d’une mariée dont le voile voltige au gré de ballons blancs aux sketches les plus farfelus.

Al Capone revu par Max Linder

C’est Marx Brothers chez les voyous de kermesse, Al Capone revu par Max Linder, et surtout un grain de Kusturica, hymne aux forains, au bonheur des petites gens, des sans domiciles fixes prêts à rire de tout, à commencer par eux-même. La part d’autodérision s’affiche jubilatoire, avec sa parodie de strip-tease, sa 2CV désossée, son ours libidineux, ses télés voyageuses, ses oies migratrices et ses cabots cabotins...

Les chevaux tournent à la vitesse du vent, ils sont bais, alezan, isabelle, noir-pie avec des listes blanches, ils prêtent leurs flancs aux clowns voltigeurs-acrobates les plus délirants de la troupe, ils dansent à cru, se douchent dans la cascade d’eau mordorée qui tombe des cintres. Ils ont inspiré à Bartabas le titre de Battuta, la battue, le rythme, la pulsion ou encore la farce selon qu’on l’entende en hongrois, en roumain ou en italien. Bartabas les a mis en jambes, orchestré, allumé. Il ne vient pas en solo, en diva clore la fête comme il le fait d’habitude, centaure ailé, Callas de l’art équestre. Déguisé en zèbre, il se contente d’un passage pour rire, d’un coup de casquette goguenard, vite fait, au galop sur l’âne Narthex dont les longues oreilles battent elles aussi de plaisir.

Battuta par le Théâtre Equestre Zingaro, conception, scénographie et mise en scène de Bartabas avec les cavaliers et cavalières de la troupe, la fanfare Shukar de Moldavie, l’ensemble à cordes Taraf de Transylvanie

- Théâtre Zingaro - Fort d’Aubervilliers, 176, avenue Jean Jaurès
- Jusqu’au 20 février 2007 -
Réservations : 0892 681 891

photoAntoinePoupel©

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.