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Critiques / Opéra & Classique

Baillot, violoniste et compositeur

par Christian Wasselin

Un colloque et un concert ressuscitent la figure de Pierre Baillot, qui fut contemporain de Beethoven.

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Qui connaît aujourd’hui le nom de Pierre Baillot ? Les violonistes, sans doute. Né à Passy en 1771 (un an après Beethoven), mort à Paris en 1842 (la même année que Cherubini), Baillot fut professeur au Conservatoire de Paris dès l’ouverture de celui-ci (1795), premier violon à l’Opéra de Paris (de 1821 à 1832) et organisateur de concerts de musique de chambre à partir de 1814. Il croisa Haydn et Beethoven à Vienne, donna des concerts en Russie, écrivit un Art du violon (1834).

La Bibliothèque nationale de France, avec l’Institut de recherche en musicologie (CNRS) et le Centre de musique romantique française (Palazzetto Bru-Zane), a eu l’heureuse idée de lui consacrer un colloque, les 9 et 10 janvier, car Baillot fut un représentant éminent de ce qu’on peut appeler l’école française de violon dont un Jacques Thibaud, pour ne citer que lui, fut au XXe siècle une autre figure essentielle.

La première journée de ce colloque s’achevait par un concert donné dans l’auditorium Colbert de l’Institut national d’histoire de l’art (situé galerie Colbert, dans le périmètre de ce qu’on appelle le site Richelieu de la BnF), qui a permis d’entendre quelques œuvres de Baillot lui-même, compositeur aujourd’hui plus oublié encore qu’un Onslow, qu’un certain nombre de concerts (à La Chaise-Dieu par exemple) ont permis de remettre à l’honneur.

Cherchez l’alto

Il est difficile de porter un jugement sur quelques œuvres d’un musicien écoutées une seule fois, dans un lieu à l’acoustique assez ingrate, et jouées par des interprètes aux talents fort divers. On citera la fantaisie allante du « Presto militaire » du Trio pour deux violons et basse (1803), dédié à la fille de Beaumarchais, plus encore l’ambiance de chasse, pleine de couleurs changeantes, des deux derniers mouvements du Deuxième Quatuor à cordes (1821), même si l’essentiel se joue entre les deux violons, le violoncelle accompagnant et l’alto se distinguant à peine. Trois romances chantées sur des manuscrits autographes conservés par la BnF sont de jolie facture mais ne s’aventurent pas très loin, même si la Romance à la mélancolie (1812) chante la « volupté du malheur » ; on a beau s’interdire toute comparaison, mais on ne peut s’empêcher de penser à ce que fera le jeune Berlioz, dans les années 1828-1830, du genre même de la romance dans ses Mélodies irlandaises (plus tard rebaptisées Irlande).

La Sonate pour violon et piano de 1820 est plus véhémente, avec son « Allegro brillante e vivo » énergique et son « Adagio assai » qui sollicite le pianoforte (ici un instrument de Boisselot, vers 1830) dans une veine impatiente et martelée.

On ne cherchera ni l’effusion fiévreuse ni la métaphysique chez Baillot, qui soigne sa forme et ses enchaînements harmoniques mais fait entendre de loin l’arrivée de ses codas ; l’art de l’imprévu ne le soucie guère, mais il est toujours instructif d’entendre la musique d’un compositeur oublié dont on espère que d’autres interprètes continueront à le faire reconnaître.

Illustration : Violoniste et jeune femme tenant un cahier de musique par Degas (Detroit, Institut of art ; Creative commons/dr).

« L’homme-violon, Pierre Baillot », avec Julien Chauvin, Raphaël Aubry et Cécile Kubik, violon ; Christophe Coin, violoncelle ; le Quatuor Baillot ; Nadège Meden, soprano ; Virginie Dejos et Flore Merlin, pianoforte. Auditorium Colbert, 9 janvier 2015.

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