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Critiques / Opéra & Classique

Rameau et Onslow à La Chaise-Dieu

par Christian Wasselin

Ou comment dompter une abondance toujours aussi réjouissante en choisissant quelques compositeurs-balises.

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Le Festival de La Chaise-Dieu propose chaque été une profusion de concerts (dans l’Abbatiale, dans l’auditorium Cziffra, mais aussi dans plusieurs villes de la région) mais Julien Caron, directeur depuis 2013, a souhaité organiser la programmation, cette année, en s’appuyant sur quelques compositeurs : Rameau, Carl Philipp Emanuel Bach et le plus méconnu Onslow. Il a eu l’idée, également, de renouer avec les récitals de piano dans l’abbatiale même (Michel Dalberto le 21 août, Philippe Cassard le 28) et de mettre en valeur l’orgue de cette même abbatiale en faisant jouer Pierre Queval et Thomas Pellerin au début de chaque concert mais une fois les interprètes installés sur la scène, condition essentielle pour que ces préludes soient écoutés dans les meilleures conditions.

De Rameau, on n’a pas entendu d’opéra, c’est-à-dire qu’on a pu explorer quelques pans moins spectaculaires de l’œuvre d’un musicien qui, dans toutes ses œuvres, se révèle un sidérant créateur de rythmes et de sonorités. Outre les Suites pour clavecin jouées par Christophe Rousset (ah, les Tendres plaintes  !), on gardera un souvenir émerveillé des Leçons de ténèbres données dans l’église du Collège du Puy le 23 août : une suite de pages de Rameau (notamment les célèbres Sauvages des Indes galantes adaptés à des paroles latines, dans une adaptation retrouvée parmi les archives de la cathédrale du Puy !) reliés par des textes de Saint-Amant, Bossuet, etc., déclamés par Olivier Bettens avec le ton et la prononciation ad hoc. Le chant expressif de Françoise Masset et les instruments du Jardin des délices emmenés par Olivier Camelin ajoutant leur part de beauté à une soirée où l’étrangeté se mêlait au sacré.

Autre grand moment : cet « opéra sans paroles » imaginé par les Musiciens du paradis, ensemble de pièces instrumentales puisées dans les opéras de Rameau et formant une vaste suite d’orchestre. Avec en particulier la stupéfiante ouverture d’Acante et Céphise, scandée par les pieds des musiciens, par ailleurs inanalysable rythmiquement à la première écoute. Mais aussi ce concert de motets interprétés avec feu par le Chœur Arsys Bourgogne et La Fenice de Jean Tubéry (Deus noster refugium, In convertendo, Quam dilecta) : des pages très développées en vérité, dépassant par leur foisonnement polyphonique et leur allant spirituel ce qu’on attend habituellement d’un motet.

Beethoven, un Onslow français ?

Si Rameau nous emporte vers les sommets, il est un peu excessif de voir dans George Onslow (1784-1853) un Beethoven français, comme certains ont pu le dire à l’époque. Ses compositions ont à leur échelle quelque chose de formellement abouti, ce qu’on dira moins volontiers, par exemple, des compositions d’un Félicien David (autre musicien très fêté cette année à l’initiative du Centre de musique romantique française), qui trouve rarement la juste forme et place trop haut son ambition. Mais Onslow ne cherche pas à imiter Beethoven ou Berlioz, même s’il trouve, par exemple dans le finale de sa Quatrième Symphonie, des sonorités étonnantes en jouant sur les effets de glissando des cordes. Sa musique, dans l’abbatiale, fut servie à merveille par les couleurs et la transparence du bel Orchestre Anima Eterna de Jos van Immerseel (pourvu d’une clarinette magique), qui nous offrit par ailleurs une Symphonie pastorale, certes un peu cruelle pour Onslow, mais d’une respiration souveraine.

Par comparaison, le concert donné quelques heures plus tard, dans le même lieu, par Jacques Mercier à la tête de la Philharmonie de Lorraine, fut bien moins convaincant : cordes trop nombreuses, timbales envahissantes, pourtant il s’agissait là encore de juxtaposer une symphonie d’Onslow (la Première, cette fois) et une page illustrissime de Beethoven (la Cinquième Symphonie). Le Concerto pour violon de Beethoven en revanche, joué le lendemain par Amaury Coeytaux avec une tendresse de chaque instant et une justesse irréprochable, toujours sous la direction de Jacques Mercier, fut un moment ineffable.

Enrique Mazzola et son Orchestre national d’Île-de-France apportèrent eux aussi leur écot à la connaissance d’Onslow avec une ouverture du Colporteur d’abord charmante puis emportée par des tuttis tapageurs, cependant que la Symphonie italienne de Mendelssohn (la beauté des cordes dans le troisième mouvement !) nous ravissait. Un mot enfin sur Nicholas Angelich, guerrier, trop guerrier dans le Concerto « L’Empereur » puis tout à coup merveilleux de mélancolie dans les deux mazurkas de Chopin qu’il joua en bis  : le bonheur des tristes devenu image sonore.

Boulez le bougnat

Il fut aussi possible à La Chaise-Dieu de découvrir Onslow musicien de chambre prolifique (trente-six quatuors, trente-quatre quintettes !). Outre la Troisième Sonate pour violon et piano interprétée par le très jeune David Petrlik et Laurent Martin (qui joua aussi les Six pièces pour piano de 1828, lesquelles ont peu à voir avec Schumann dont Nicolay Khozyainov avait joué la veille les Davidsbündlertänze), on a pu entendre le 28e Quatuor interprété par le Quatuor Diotima*. Là encore, le charmant Onslow, dont la musique séduit dès les premières mesures, ne peut pas lutter avec les dimensions surhumaines du 15e Quatuor op. 132 de Beethoven dont le mouvement lent est à soi seul un voyage : concentrés à l’extrême, les inteprètes semblaient eux-mêmes emportés par une fièvre bienheureuse.

Les Diotima avaient eu l’idée d’ajouter au programme quelques extraits du Livre pour quatuor de Boulez – Boulez, né à Montbrison (célèbre pour sa fourme, qui vaut celle d’Ambert), compositeur auvergnat comme Onslow (né à Clermont-Ferrand) et d’une certaine manière Rameau (organiste à Clermont dès 1702). Mais pourquoi diable présenter Boulez oralement comme un musicien porteur de menaces ? Pourquoi dire : « Même si vous n’aimez pas, rassurez-vous, ce sera court » ? Faudra-t-il sempiternellement présenter des œuvres (de 1948) comme de déconcertantes nouveautés ? En inscrivant en bis une pièce méconnue du jeune Schönberg, les Diotima furent on ne peut mieux inspirés.

* Qui a consacré un très beau disque aux quatuors n° 28 à 30 d’Onslow (1 CD Naïve).

photo : La Chaise-Dieu souveraine (photo Gautier Poupeau/Creative commons dr).

Festival de La Chaise-Dieu, du 22 au 31 août 2014 (33 4 71 00 01 16, www.chaise-dieu.com).

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