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Critiques / Opéra & Classique

Ariane de Jules Massenet, livret de Catulle Mendès

par Caroline Alexander

Résurrection d’une amoureuse injustement oubliée

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Elle avait disparu des répertoires lyriques depuis 70 ans, éclipsée par les locomotives de son père compositeur Jules Massenet, les Manon, les Werther et autre Cendrillon. Née le 28 octobre 1906 à l’Opéra de Paris, mise en sommeil depuis le 27 août 1937, dernière d’une production chorégraphiée par Serge Lifar et chantée par Germaine Lubin et George Till, Ariane l’amoureuse sacrifiée vient de revoir enfin les feux de la rampe à l’Opéra Théâtre de Saint Etienne dans une mise en scène de Jean-Louis Pichon, le patron de l’institution.

Massenet, enfant du pays, fils d’un industriel, créateur de la première usine de lames de faux, né en 1842 à Montaud dans la périphérie de Saint Etienne, en est resté la gloire et la fierté. Même s’il passa ailleurs, à Chambéry, à Paris, la majeure partie de sa vie. Habité par la musique, admirateur de Wagner, il fut à la fois un pédagogue hors pair - on le surnommait « l’éveilleur d’âmes » et un compositeur prolixe qui donna naissance à vingt cinq opéras. Un grand nombre tombèrent dans les oubliettes. Mais Saint-Etienne a la mémoire vive et depuis 1990, une biennale Massenet redonne vie à des œuvres menacées de poussière, Le Cid, Panurge, Esclarmonde, Sapho, Le Roi Lahore, le Jongleur de Notre-Dame… furent exhumés. Le stéphanois Jean-Louis Pichon veille au grain, il en signa bon nombre de mises en scène et y ajouta celle de Hérodiade recréée à l’occasion de la réouverture du Théâtre de l’Esplanade ravagé par un incendie.

Puissance germanique et élégance à la française

Pour le 9ème festival de cet automne, il sort d’un long sommeil Ariane femme d’amour et de sacrifice. La marque de Wagner dont Massenet avait commencé à s’éloigner reste omniprésente, mais à la puissance germanique du maître de Bayreuth, il superpose une élégance à la française. La grâce impressionniste de Debussy dont le Pelléas et Mélisande, fut créé 4 ans plus tôt, imprègne quelques uns des plus beaux passages. Les parties orchestrales sont aussi passionnantes, et parfois même plus, que les parties vocales. Pour les chanteurs, celles-ci frôlent parfois le numéro de haute voltige.

Catulle Mendès, poète parnassien très en vogue en ces temps de symbolisme, confectionna un livret où, à grands coups d’envolées lyriques, les mythes de l’antiquité croisent Racine, Thomas Corneille et Ovide. Un style ouvragé, gonflé parfois jusqu’à la préciosité, qui pourtant s’intègre naturellement à la musique. Il ne néglige aucun détail et noircit les marges de didascalies aussi précises qu’une horlogerie suisse.

Un théâtre antique, terrain de tous les possibles

Astucieusement, Jean-Louis Pichon se sert de ces morceaux choisis en les confiant à un acteur de théâtre parlé - Patrice Kahlhoven - auquel des lunettes noires confèrent un air de Tirésias . Il est le messager et le meneur de jeu, celui qui amène et raccompagne les personnages, et qui présente au public les accessoires représentant les lieux de l’action, les rivages de Crète, une galère, l’île de Naxos, les Enfers… Ainsi le décor unique d’un théâtre antique, amphithéâtre de gradins de pierres grises, Epidaure ou Delphes, devient le terrain de tous les possibles. Celui où Ariane, fille de Minos, frémissante d’amour et par amour parjure à son clan, attend le retour de Thésée qui grâce à son fil a pu sortir du labyrinthe et venir à bout du Minotaure. Dans l’enthousiasme de sa jeunesse, Thésée, reconnaissant lui rend son amour et l’épouse. Au grand dam de Phèdre, la sœur cadette, irrésistiblement attirée par le héros viril et sans reproche. Quand l’attirance devient réciproque et se met à agir comme un aimant, c’est la fin de la romance et le début de l’adultère. Passion charnelle sur fond de culpabilité. Quand Phèdre meurt accidentellement, Ariane brave les Enfers pour la ramener parmi les vivants… Phèdre et Thésée tombent à nouveau dans les bras l’un de l’autre. Pour les laisser libres, Ariane se jette dans les flots… Eros et Thanatos, couple éternel de nos mythologies, ont tout gardé sous contrôle…

L’amour personnage clé de la tragédie

L’Amour conjugué sur tous les temps est le personnage clé de la tragédie. L’amour fidèle de Pirithoüs pour son ami Thésée, l’amour tendre d’Ariane pour sa sœur Phèdre, l’amour trouble de Phèdre pour Thésée et son amour blessé pour Ariane qu’elle trahit. Avec la mort pour seule issue …

Cécile Perrin a la voix claire d’une Ariane fraîche et naïve, un médium parfois incertain, des aigus qui, durant les deux premiers actes, volent haut avec légèreté mais qui – c’est presque fatal - se fatiguent un peu, jusqu’au « c’était si beau » final qu’elle enlève avec une belle émotion. Luca Lombardo retrouve en Thésée un type de héros et une musique dont il connaît les secrets, Barbara Ducret met Phèdre en état de fébrilité tranchante, Anne Pareuil joue avec convictions les ténèbres de Perséphone. On retient l’impeccable diction du baryton Cyril Rovery dont le Pirithoüs ne perd aucune syllabe, et, dans un petit rôle, le timbre à la fois enveloppant et net de l’italien Marco Sapia.

Les ballets obligés sont ce que sont ces ballets d’opéra : superflus. Mais les danseurs chorégraphiés par Laurence Fanon se transforment à l’occasion en mer démontée avec des mouvements de vagues du plus bel effet.

Sous la direction de Laurent Campellone, directeur musical maison, l’Orchestre Symphonique de Saint Etienne prouve une fois de plus qu’il est taillé aux mesures généreuses et raffinées de ce Massenet qu’il célèbre avec dévotion.

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Ariane de Jules Massenet, livret de Catulle Mendès, Orchestre Symphonique de Saint Etienne, direction Laurent Campellonen mise en scène Jean-Louis Pichon, chorégraphie Laurence Fanon, décors Alexandre Heyraud, costumes Frédéric Pineau, lumières Michel Theuil. Avec Cécile Perrin, Barbara Ducret, Anne Pareuil, Luca Lombardo, Cyril Rovery, Marco di Sapia, Inge Dreisig, Florence Vinit, Patricia Schnell, Patrice Kahlhoven.
Opéra Théâtre de Saint Etienne, Grand Théâtre Massenet, les 9, 11 & 13 novembre 2007
Le festival Massenet se poursuit jusqu’au 23 novembre. Renseignements, réservation et programme : 04 77 47 83 47

www.opera-theatre.saint-etienne.fr

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