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Critiques / Théâtre

Amerika d’après Franz Kafka

par Gilles Costaz

Cabaret-feuilleton

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L’Amérique est un pays kafkaïen puisque Kafka l’a vu comme tel dans le roman Amerika qu’il écrivit en 1913 sans jamais le terminer. Sans pour autant connaître les tourments du fameux Joseph K du Procès, le héros de ce livre, Karl Rossmann fait face à des Etats-Unis où le vertige et l’angoisse l’attendent à chaque étape.

C’est l’histoire d’un homme qui cherche du travail, un immigrant allemand. Il a le malheur de tomber sur des compagnons peu scrupuleux, un Irlandais et un Français (le Français, c’est le pire ! ). Avec ces deux forbans du bas de l’échelle et sans eux, il va traverser pas mal d’arpents de l’Amérique. Lui qui descendait d’un beau paquebot, rêvait d’être ingénieur et bénéficiait de la protection d’un oncle fortuné prend le chemin du prolétariat, devient groom dans un grand hôtel au rythme de travail infernal, retrouve la rue, se fait engager au Grand Théâtre d’Oklaoma qui est aussi frénétique et commercial que le grand hôtel… Jusqu’à ce que tout s’arrête, ou plus exactement soit suspendu, faute de chapitres suivants écrits par l’auteur.Vincent Colin, qui a adapté le roman et fait la mise en scène, adore ce genre de récit qui n’est pas très loin du Candide de Voltaire et lui redonne l’occasion de se pencher sur l’image des Etats-Unis après sa mise en scène hip hop de De la démocratie en Amérique de Tocqueville.

Sur scène, rien que de petits praticables et des caches qui permettent aux acteurs de changer de lieu à volonté, sur fond noir, comme ils changent de personnage. Car la plupart des comédiens se démultiplient, habilement, pour être plusieurs individus de premier plan ou de simples figurants. On saluera particulièrement Anne-Laure Pons et Roch-Antoine Albaladéjo, évidentes bêtes de scène. Seul, Cédric Joulie joue un seul personnage, le jeune Karl lunaire perdu dans cette folie du combat pour la vie aux Amériques : coiffé du chapeau melon kafkaïen, il est juste et émouvant dans le souvenir discret des grands burlesques américains.
Vincent Colin emmène la soirée dans un grand sens du rythme et des métamorphoses. Il ne réussit pas tous les tableaux (la scène de la cantatrice n’a pas la drôlerie des autres épisodes) mais il compose un cabaret-feuilleton plaisant qui a la vitesse du cinéma et l’impact joyeux du music-hall.

Amerika d’après Franz Kafka, adaptation et mise en scène, avec Roch-Antoine Albaladéjo, Philippe Blancher, Olivier Broda, Cédric Joulie, Isabelle Kérisit, Anne-Laure Pons, lumière d’Alexandre Dujardin, musique de Thierry Bertomeu, collaboration artistique de Stéphane et Maria Morales. Théâtre du Lucernaire, Paris, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 22 février. Au Perreux, Centre des bords de Marne, les 5, 6, 7 mai. Texte à L’Harmattan. (1 h 15).

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