Accueil > Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach

Critiques / Opéra & Classique

Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach

par Caroline Alexander

Une somptueuse rareté

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est la résurrection réussie d’un opéra disparu des répertoires français depuis 233 ans. Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach créé en 1779 à l’Académie Royale de Musique de Paris ne vécut que le temps de sept représentations. A voir et entendre aujourd’hui ce qu’en ont tiré Jérémie Rohrer et les musiciens de son Cercle de l’Harmonie, la jeune troupe de chanteurs et choristes mise en mouvement et en scène par Marcel Bozonnet dans des décors et des costumes d’une somptueuse beauté, on a du mal à comprendre le pourquoi d’une si longue éclipse.

Elle est sans doute tout simplement historique et s’inscrit dans cette fameuse querelle musicale qui opposait à la mi-temps du XVIIIème siècle les Gluckistes aux Piccinistes, les tenants de l’opéra à la française, héritier de Lully et de Rameau puis revu par Gluck, contre les partisans de la tradition italienne.

En ce temps là, Anne-Pierre-Jean Devisme du Valgay, directeur de l’Académie de Musique, après plusieurs tentatives de confrontations entre les deux champions du lyrique eut l’idée de faire appel à Johann Christian Bach, le plus jeune des quatre rejetons compositeurs engendrés par l’illustre cantor de Leipzig Jean Sébastien. Ce cadet atypique avait fait carrière en Italie et surtout à Londres et il fut seul des Bach à composer pour l’opéra – et avec succès –. Jean-Chrétien accepte la commande française assortie d’une belle somme d’argent et choisit lui-même le sujet d’Amadis que Lully avait mis en musique un siècle plus tôt sur un livret de Philippe Quinault. Ce livret est remanié par Alphonse de Vismes, frère du directeur, qui ramène la tragédie de cinq à trois actes. Chose qui, apparemment provoqua la mauvaise humeur du public et des critiques et fit couler le navire.

Une magicienne des Enfers, un prince amoureux

Inspiré d’un roman de chevalerie médiévale de l’Espagnol Montalvo (1508) dont une nouvelle traduction venait de paraître Amadis de Gaule est une tragédie lyrique qui finit bien. On y rencontre Arcabonne, magicienne des Enfers, éprise d’un inconnu qui lui sauva la vie, qui s’apprête, avec son frère Arcalaüs, à venger la mort de leur frère ainé, tué par le prince Amadis au cours d’un combat singulier ordonné par le roi de Grande Bretagne, père de la belle Oriane dont Amadis est fou amoureux. Arcalaüs ensorcelle la belle pour qu’elle se croit trompée par son promis puis la retient prisonnière dans ses geôles. Amadis qui tente de la libérer est fait prisonnier à son tour, Arcabonne s’apprête à lui enfoncer son poignard dans le cœur et reconnaît les traits du héros salvateur qui est entré dans le sien et ne le lâche plus. Suite de quiproquos entre le frère et la sœur, magie et ensorcellements divers, Amadis git inanimé, Oriane le croit mort et s’étend sur son corps. Arcabonne choisit de mettre fin à sa vie tandis que la bonne fée Urgande descend des nuages de son trône pour les réveiller les amants et leur promettre un éternel amour parmi tous les prisonniers d’Arcalaüs enfin libérés…

Toiles peintes, soie et brocart et régal à l’oreille

Illusion du temps. On s’y croirait. Ces toiles peintes aux couleurs de Caspar Friedrich qui descendent des cintres et se faufilent dans les coulisses ont un petit air de tradition qui pourrait ressembler à l’original, ces déguisements d’insectes, gnomes et monstres masqués et ailés, ces costumes de soie, brocart et plumes semblent sortir d’un grimoire d’autrefois et se fondent littéralement dans la musique. Une musique de douceur et d’énergie qui annonce celle d’un Mozart admirateur de son ainé Jean-Chrétien Bach. Le jeune et talentueux Jérémie Rohrer en fait briller toutes les nuances entraînant en subtilité et vivacité les musiciens de son Cercle de l’Harmonie sur leurs instruments anciens. Un régal à l’oreille que les chanteurs ne démentent pas. Dans le rôle titre, le ténor Philippe Do joue de son charme naïf et de sa voix limpide qui dompte les morceaux de bravoure du personnage – par pitié, percez-moi le cœur -, Hélène Guilmette, jolie fille et joli timbre, incarne bien la trop jalouse Oriane. Julie Fuchs, en première coryphée fait scintiller des aigus qui pourraient parer la Reine de la Nuit, Franco Pomponi en méforme vocale alterne des graves aboyés avec un medium pas toujours audible et en fait des tonnes dans la gestique pour noircir le vilain Arcalaüs.

C’est à coup sûr la mezzo Allyson McHardy qui remporte la palme de la distribution, généreuse, rageuse, tourmentée, royale en reine des Enfers captive de son amour. Seule sa diction gagnerait à se faire plus précise. Les chœurs des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles- coproducteur du spectacle où il fut créé en décembre dernier – jouent le jeu à la perfection et les danses de la Compagnie des Cavatine réglées avec swing et humour par Natalie van Parys achèvent de faire de cette curiosité lyrique un spectacle à découvrir sans tarder.

Amadis de Gaule de Johann Christian Bach, livret d’Alphonse de Visme d’après Philippe Quinault, orchestre Le Cercle de l’Harmonie, direction Jérémie Rohrer, mise en scène Marcel Bozonnet, décors Antoine Fontaine, costumes Renato Bianchi, chorégraphie Natalie van Parys, lumières Dominique Bruguière. Avec Philippe Do, Hélène Guilmette, Allyson McHardy, Franco Pomponi, Julie Fuchs, Alix Le Saux, Peter Martincic, Ana Dezman, Martin Susnik. Chœur Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, ballet Compagnie des Cavatines .

Opéra Comique, les 2, 4, 6 à 20h, le 8 à 15h

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Photos Pierre Grosbois

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.