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2008/2009, dernière saison de Gérard Mortier à l’Opéra National de Paris

par Caroline Alexander

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2008/2009 la prochaine saison de l’opéra National de Paris sera aussi la dernière programmée par son actuel directeur Gérard Mortier qui, en automne, fêtera ses 65 printemps et aura donc atteint la limite d’âge dans un service public à la française. Limite qui n’a aucun sens vital pour ce bouillant bâtisseur de théâtre et de musique qui mettra aussitôt le cap pour New York où l’attend une nouvelle aventure à la tête du New York City Opera.

Après Bruxelles où il propulsa le théâtre de La Monnaie au rang des grandes scènes internationales, après Salzbourg dont il dépoussiéra les façades bourgeoises et le cœur des programmes, après avoir animé les cycles de la Ruhr Triennale installée dans des usines désaffectées de Rhénanie, il sera resté cinq saisons à la tête de l’établissement parisien. « Un passage », sourit-il plus secoué qu’il n’y paraît par la violence des polémiques que ses innovations, souvent salutaires, provoquèrent dans une partie de la presse et auprès d’une partie du public des premières. Nicolas Joël, patron du Capitole de Toulouse, qui lui succédera amènera-t-il le calme après les tempêtes ? Et est ce vraiment ce que l’on peut souhaiter ?

Le sens de la ferveur

Né à Gand d’un papa boulanger-pâtissier et d’une maman qui adorait le théâtre et la musique, élevé chez les Jésuites et passionné d’opéra dès une première Flûte Enchantée découverte adolescent, il aura toute sa vie durant conservé en lui le sens de la ferveur. Ferveur spirituelle, ferveur de l’engagement. On lui aura tant et plus collé l’étiquette de provocateur sans chercher à connaître l’homme pudique, sentimental et secret qui se cache derrière son hyperactivité. Car s’il aime donner ici ou là de grands coups de pied dans la fourmilière et la poussière des traditions, ce n’est pas pour choquer, mais pour ramener telle ou telle œuvre du passé dans la lumière d’aujourd’hui. Il y croit avec la foi du charbonnier et ne comprend pas qu’on puisse ne pas aimer ce qu’il aime. Mortier n’aura jamais le calibre d’un fonctionnaire, c’est un croisé qui rêve de convertir le monde à l’amour de l’art en général et de la musique en particulier. A condition qu’il soit en marche. Sans doute y a-t-il, dans ces qualités, d’inévitables contradictions, voire de paradoxes. Entre ses irrépressibles envie de « tout remettre à zéro » là où il s’installe et l’indéfectible fidélité qu’il accorde à ceux auxquels il a fait confiance, naissent forcément quelques hiatus qui déroutent. Et des résultats pas toujours à la hauteur de ses propres espérances ou credos.

Le thème de l’espoir

Cette dernière saison qu’il signe pour Paris est bien à son image même si on n’y retrouve pas quelques unes des têtes de pont qui ont marqué sa direction tels Michael Haneke qui catapulta avec génie le Don Giovanni de Mozart dans les tours de La Défense ou Christoph Marthaler qui après avoir secoué Les Noces de Figaro de Mozart et La Traviata de Verdi vient de présenter une poignante vision du Wozzeck d’Alban Berg (voir nos critiques des 27 mars 2006, 22 juin 2007 et 2 avril 2008).

Sur le thème de l’espoir 21 opéras se succéderont alternativement sur les plateaux de l’Opéra Bastille et du Palais Garnier se répartissant en huit reprises, trois spectacles invités et dix nouvelles production *. On reverra donc quelques uns des enfants terribles qui ont su décoiffer les routines, comme Krzysztof Warlikowski, Peter Sellars, ou les échevelés Espagnols de la Fura dels Baus, mais aussi le bon père tranquille qu’est son compatriote belge Gilbert Deflo. On découvrira des metteurs en scène étrangers peu familiers des scènes parisiennes comme Johan Simons, co-directeur du KunstFESTIVALdesarts de Hollande, Jürgen Rose plus connu chez nous pour ses décors et costumes, le Russe Dimitri Tcherniakov ou l’Italien Cesare Lievi qui fera renaître un opéra napolitain du 18ème siècle. Au rayon des nouveautés on retiendra la création mondiale, commande de l’Opéra de Paris, de Yvonne, Princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans sur un livret de Luc Bondy d’après la pièce de Witold Gombrowicz, ainsi que ce Roi Roger méconnu et pratiquement inconnu du Polonais Karol Szymanowski qui clôturera la saison et son mandat.

A la baguette ou du bout des doigts, Sylvain Cambreling, Hartmunt Haenchen, Riccardo Muti, Thomas Engelbrock, Semyon Bychkov. Des ballets, des concerts, une installation du plasticien Anselm Kiefer, des performances de l’Atelier Lyrique, des casse-croûtes pour se familiariser, des tables rondes pour débattre… Ce dernier menu Mortier sera fidèle à l’homme, tout à la fois paisible, agité et surprenant.

• les reprises : L’affaire Makropoulos de Janacek par Warlikowski, La Flûte Enchantée de Mozart par la Fura dels Baus, Idoménée de Mozart par Luc Bondy, Tristan et Isolde de Wagner par Peter Sellars et Bill Viola, Un bal masqué de Verdi par Gilbert Deflo. Et aussi Rigoletto de Verdi par Savary, Tosca de Puccini par Werner Schroeter et Madame Butterfly de Puccini par Robert Wilson, trois productions créés sous le mandat de Hugues Gall, le prédécesseur de Gérard Mortier

• les spectacles invités : Eugène Onéguine de Tchaïkovski par le Bolchoï de Moscou, Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch par le Nederlandse Opera d’Amsterdam et Werther de Massenet par le Bayerische Staatsoper de Münich

• les nouvelles productions : Fidelio de Beethoven par Johan Simons, La petite renarde de Janacek rusée par André Engel, Demofoonte de Nicolo Jommelli par Cesare Lievi, La fiancée vendue de Smetana par Gilbert Deflo, Macbeth de Verdi par Dmitri Tcherniakov, Yvonne Princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans par Luc Bondy, le Roi Roger de Szymanowski par Krzysztof Warlikowski.

Pour plus de détails, consulter le site www.operadeparis.fr

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