Accueil > Une promenade au phare

Critiques /

Une promenade au phare

par Christian Wasselin

The Lighthouse, le court et captivant opéra de Peter Maxwell Davies, est à l’affiche de l’Athénée. Un voyage au pays de l’angoisse et de l’illusion.

Partager l'article :

PETER MAXWELL DAVIES (1934-2016) était un musicien facétieux. Élève de Goffredo Petrassi et de Roger Sessions, fondateur avec Harrison Birtwistle des Pierrot Players (devenus en 1970 les Fires of London), auteur de la musique de deux films du flamboyant Ken Russell (The Devils et The Boy Friend), fondateur d’un festival de musique dans les îles Orcades, au nord de l’Écosse, il a été nommé en 2004 maître de musique de la reine d’Angleterre (!), fonction qui a été souvent accordée à des compositeurs mineurs si l’on excepte Edward Elgar et Arnold Bax (Judith Weir est l’actuelle titulaire du poste).

Peter Maxwell Davies a d’abord laissé des œuvres d’une grande violence dont la plus célèbre est sans doute Eight Songs for a Mad King (1969), mais les Orcades, où il se retirait volontiers pour composer, semblent avoir apaisé son inspiration. Son opéra The Lighthouse (Le phare), créé en 1980 à Édimbourg, s’inspire d’un fait divers réel : trois gardiens de phare quittent en bateau le port de Stromness (situé dans les Orcades, précisément) et se dirigent vers un phare situé au Nord, dans les îles Hébrides. Mais les trois gardiens qu’ils sont chargés de relever ont disparu : ils se sont volatilisés, sans qu’on sache pourquoi ni comment, et ne reparaîtront pas.

L’opéra raconte cette histoire mais ne choisit aucune solution (les gardiens se sont-ils noyés ? ont-ils été enlevés ?). Il commence par un prologue qui met en scène les trois membres de la commission d’enquête, lesquels évoquent cette ténébreuse affaire. On voit ensuite les trois gardiens dans leur phare : leur vie est monotone, ils jouent aux cartes puis se mettent à chanter (une balade populaire, une romance sentimentale, une chanson liturgique sur le thème du Veau d’or). Mais la tempête se lève, l’inquiétude croît, et les personnages voient surgir les fantômes des personnages sortis de leurs chansons. Ils deviennent fous et croient deviner les yeux d’un monstre dans les phares du bateau qui vient vers eux, où se trouvent ceux qui viennent les remplacer. Et qui à leur tour vont se mettre à travailler, c’est-à-dire à veiller, à attendre, à s’ennuyer.

Sur cette trame, Peter Maxwell Davies, également auteur du livret, a composé une musique âpre, anguleuse, angoissante, où les trois chansons évoquées, écrites chacune à la manière d’une parodie, créent de faux moments de respiration au sein d’un récitatif agité. On l’a compris, le musicien a destiné aux mêmes trois chanteurs les rôles des trois enquêteurs, des trois gardiens qui perdent la raison, et des trois qui viennent les relever. À l’Athénée, c’est Christophe Crapez (ténor), Paul-Alexandre Dubois (baryton) et Nathanaël Kahn (basse) qui interprètent les personnages, avec un bel esprit d’équipe favorisé par une écriture vocale qui fait s’entrelacer les répliques de chacun. Dans la fosse, Philippe Nahon dirige l’ensemble Ars Nova avec une violence crue, sans chercher à mettre du lyrisme là où il n’y en a pas. Le résultat est à la fois inconfortable et prenant, avec notamment un banjo grinçant et un piano désaccordé, dans les deux premières chansons, qui soulignent le malaise.

La mise en scène d’Alain Platiès est une vraie mise en scène : les chanteurs-acteurs sont dirigés, le vertige de la fosse et des voix trouve son pendant au sein des gestes et des déplacements. Les décors sont au service du propos général, avec ce phare menaçant qui revient comme une obsession.

Photographie : Blaze, Arthur et Sandy, les héros disparus (Athénée/dr).

Peter Maxwell Davies : The Lighthouse. Christophe Crapez (Blaze), Paul-Alexandre Dubois (Sandy), Nathanaël Kahn (Arthur) ; ensemble instrumental Ars Nova, dir. Philippe Nahon. Mise en scène : Alain Patiès ; scénographie : Laure Satgé, Valentine de Garidel ; costumes : Gabrielle Tromelin ; lumières : Jean-Didier Tiberghien. Théâtre de l’Athénée, jusqu’au 28 avril.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.