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Critiques / Théâtre

Une nuit de Grenade de François-Henri Soulié

par Gilles Costaz

Un compositeur au secours d’un poète

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Garcia Lorca, proche des Républicains pendant la guerre d’Espagne, fut arrêté et assassiné par les Franquistes en 1936. Il avait 38 ans. Il est le sujet et l’absent de la pièce de François-Henri Soulié. L’auteur imagine qu’à Grenade, le poète est dans une cellule de la Phalange, à Grenade. Est-il toujours vivant ? On peut le penser. Mais aucune certitude n’est donnée. Dans le bureau de cette prison se tiennent le gouverneur civil et un jeune assistant, qui a la singulière fonction de faire le comptage des morts. Un homme demande à entrer : c’est le grand compositeur Manuel de Falla. Il est croyant, conservateur, opposé à l’athéisme des Républicains qui s’en prennent au clergé et aux Eglises. Mais il vient tenter de sauver Garcia Lorca. Pour lui, on ne peut pas tuer un tel poète ; Le gouverneur écoute ses arguments mais réplique par les siens : Lorca est un homosexuel et un écrivain du camp adverse, donc un être doublement méprisable. L’assistant intervient quand le gouverneur sort de la pièce : lui, il a de l’admiration et une amitié, de nature complexe, pour Lorca. Mais Lorca ne peut être sauvé...
Le huis clos est fort bien construit, tendu, serré comme une vis par Soulié qui a sait aussi y introduire des ambiguïtés et échapper aux dangers du manichéisme. Ce sont quand même deux conceptions de la vie et de l’honneur qui s’opposent, mais le gouverneur est traversé de pensées contradictoires (il ne croit pas en Dieu), de Falla est un personnage d’une grande richesse d’âme, d’une telle bonté ! Et l’assistant est, d’une manière très différente par rapport à son supérieur, d’une dualité bien masquée. A parti de ce texte fort et intrigant, Jean-Claude Falet a bâti une mise en scène changeante, nuancée, habile, où la douceur sait par moment faire reculer la violence. Le décor est un campement qui sent la guerre et l’ordonnancement militaire, sous les lumières troublées de Jean-Claude Fall. François Clavier est un Manuel de Falla qui a grande allure : ce grand comédien sait donner dans de mêmes mouvement la puissance et la blessure. Mathias Maréchal joue l’odieux militaire d’une manière fort subtile : il fait passer sous la sécheresse de l’autorité un fatalisme et une vanité qui sont des certitudes grignotées par un sentiment secret d’échec personnel. Mathieu Boulet éclaire tout à coup d’humanité un être qu’on croyait livré à un métier mécanique. Ce moment d’Histoire est paradoxalement un beau geste de tendresse se greffant sur un épisode terrible du passé.

Une Nuit de Grenade de François-Henri Soulié, mise en scène et décor de Jean-Claude Falet, lumières de Jean-Claude Fall, avec François Clavier, Marcel Maréchal et Mathieu Boulet.

La Forge, Nanterre, tél. : 01 47 24 78 35, jusqu’au 12 mai. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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