Accueil > Pégase et Icare, Silvia par le cirque Gruss

Critiques / Théâtre

Pégase et Icare, Silvia par le cirque Gruss

par Gilles Costaz

Alliance et mésalliance

Partager l'article :

Depuis 41 ans, le cirque Alexis Gruss ne cesse de conserver son exigence et de se renouveler dans une fidélité subtile à sa formule dite « à l’ancienne », pour se tenir à l’écart des dérives d’un cirque business. C’est une famille incroyable où l’on se transmet, depuis Alexis et Gipsy, les créateurs, jusqu’aux enfants, Stephan et Maud, aux petits-enfants et arrière-petit-enfants, l’art des disciplines et le sens de la beauté. Pour le plaisir de collaborer avec une autre équipe et prolonger une entente qui avait permis un beau spectacle dans le théâtre antique d’Orange, les Gruss se sont associés cette année avec une troupe d’aériens, les Farfadais. D’un côté, les maîtres de l’équitation et de l’acrobatie à cheval. De l’autre côté, des champions du risque aérien, dans les hauteurs du chapiteau et dans des équipements aquatiques. En fait, non, ils ne se produisent pas chacun de leur côté, car les artistes additionnent leurs figures et synchronisent des prouesses, en reliant par exemple des scènes aériennes aux mouvements des chevaux par un jeu de cordes et de filins. Le thème Pégase et Icare exprime bien cette double postulation – le sol et ciel – et permet de jouer avec ces figures mythologiques. Mais, si la réunion des deux équipes se passe bien techniquement, les deux metteurs en scène, Stephan Gruss et Stéphane Haffner (pour les Farfadais) n’ont pas cherché à avoir une esthétique commune.
Les Farfadais sont de grands artistes dans leur discipline mais leur gestuelle érotisée et leurs maillots de music-hall grivois (petits slips, transparences, bandes de tissu voilant et dévoilant la peau) n’ont rien à avoir avec la grande classe élégante et pudique des Gruss. Ces baisers sur la bouche et ces postures fesse contre fesse n’ont pas grand-chose à faire chez les maîtres de la piste. Parfois même, elles dénaturent leurs tableaux. Nous ne mésestimons le travail qu’a représenté une telle élaboration commune d’un show fait pour les adultes et non pour les enfants (les clowns ne sont pas au programme de ce spectacle-là). C’est du travail de pros, sans bavure, dont les défis sont menés jusqu’au bout. Mais il y a mésalliance. Dès que la piste est rendue à Alexis, Gipsy, Stephan, Firmin, Alexandre, Charles Gruss, à Maud et Tony Floores, et à leurs chevaux, le cirque éternel reprend sa place et les exploits artistiques sont, le plus souvent, un dépassement stupéfiant qui rend hommage à la lignée de tous les grands circassiens depuis la naissance de la forme moderne de cet art à la fin du XVIIIe siècle. Les inventions inédites, les projections, la musique moderne n’en sont pas exclus pour autant. Cet accord entre l’éternel et la modernité dominait le spectacle de l’an dernier, le quarantième, Silvia, qui rendait hommage à Silvia Monfort, l’actrice qui sut croire en la famille Gruss et lui donner l’élan décisif. Cette création est reprise certains jours en ce mois de décembre. L’amateur de shows aimera sans doute Pégase et Icare, l’amateur de cirque s’enflammera pour Silvia, magnifique fête avec écuyers, chevaux, éléphante, funambule – Maud aux magistrales apparitions - , clowns, acrobates, d’une splendeur et d’une maîtrise du danger totalement féeriques.

Silvia, mise en scène de Stephan Gruss, jusqu’au 14 décembre.
Pégase et Icare, mise en scène de Stephan Gruss et Stéphane Haffner, du 18 décembre au 4 janvier.
Horaires en matinée et en soirée.

Cirque national Alexis Gruss, carrefour des cascades, porte de Passy 75016 Paris, tél. : 01 45 01 71 26.

Photo JAG.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.