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Critiques / Théâtre

Macbeth de Shakespeare

par Jean Chollet

Tragédie contemporaine spectaculaire

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Pour marquer l’anniversaire de ses “ cinquante premières années ”, le Théâtre du Soleil a choisi de revenir à Shakespeare, dont il avait créé successivement entre 1981 et 1984, Richard II, La Nuit des Rois et Henry IV. Un cycle remarquable coloré par un désir de confrontation au jeu théâtral japonais, entre nô et kabuki, ou indien, inspiré du kathakali pour La Nuit des Rois Avec des décors de soie, imaginés par le regretté Guy - Claude François, une source d’inspiration destinée à ouvrir une résonance shakespearienne nouvelle, hors des formes occidentales. Avec sa nouvelle traduction allégée et percutante, Ariane Mnouchkine entraine la troupe du Soleil dans une révélation de l’escalade terrible qui anime les mécanismes de la lutte sanglante livrée par un homme pour prendre le pouvoir. Une trajectoire qui traverse le temps et les époques avec de nombreuses similitudes dans le monde d’aujourd’hui.

La terrifiante ascension d’un homme ordinaire.

Cousin du roi écossais Ducan et chef de son armée, le noble mais timoré Macbeth s’illustre dans la guerre contre la Norvège. Il reçoit les prophéties de trois sorcières lui affirmant qu’il deviendra Thane (seigneur) de Cawdor, puis roi d’Ecosse. Informé par son époux, Lady Macbeth, perfide et manipulatrice ambitieuse, le pousse à prendre son destin en main et assassiner le roi. Le couple pactise avec les forces du mal et l’arrivée de Ducan dans le château de Macbeth, lui fourni l’occasion d’accomplir le régicide, accompagné du massacre de la garde royale pour égarer les pistes. L’univers de Macbeth bascule dans une escalade meurtrière sans retour. “ Dans le sang j’ai marché si profond que si je n’avançais plus, revenir en arrière serait aussi pénible que continuer jusqu’au bout. ”. Il poursuit sa marche implacable, exécutant ceux qui pourraient lui porter ombrages, poussé par des forces invisibles pour changer le monde. Son accession à la couronne sera de courte durée, Malcom, héritier naturel du royaume, réunit son armée pour le destituer. Et tandis que Lady Macbeth sombre dans la folie avant la mort, Macbeth est tué par MacDuff, fidèle du roi Ducan, mettant ainsi fin à une trajectoire sanglante cauchemardesque.

Raconter la fable

Rien de surprenant, compte tenu de ses engagements citoyens passés, que Ariane Mnouchkine accompagne cette tragédie d’une sensibilisation aux dérèglements qui mènent le monde d’aujourd’hui. Ils sont assortis, en préface de la traduction, d’un avertissement de Hèlène Cixous : “ Attention ! Nous ne devrions jamais laisser les Macbeth ouvrir la porte, pensons-nous. Le mal est prêt. Il n’attend que cet instant. Attention ! Le mal est sans arrêt. Vous êtes prévenus ? ” C’est dans ce sens que s’engage une représentation dont la succession d’images fortes et de variations au rythme échevelé, reflètent la densité tragique de la rencontre du Mal et de la Mort, portée par toutes conditions humaines. Difficile d’évoquer en détail dans ce long spectacle (4 heures) tous les temps forts qui accompagnent cette mise en éveil des consciences. Ils se situent dans un mélange de fureur, de réalisme distancié et d’accents poétiques, dont les évolutions esthétiques agissent comme une progression du temps. Au cœur d une interprétation par quarante comédiens aux niveaux d’expérience variables, associant anciens et nouveaux venus au Soleil. Parmi eux, Serge Nicolai cerne avec tensions les limites d’un Macbeth exprimées avec une énergie convaincante, qui entre en opposition avec le jeu fougueux et flottant de Nirupama Nityanandan, Lady Macbeth du temps présent. Autour d’eux, on remarque aussi les prestations de Maurice Durozier (Ducan), Vincent Mangado (Branquo), Sébastien Brottet-Michel (MacDuff) ou Martial Jacques (Donalbain). Mais tous, parfois en interprétant plusieurs rôles et en participant aux orchestrations spectaculaires théâtralisées de nombreux changement de décors, contribuent a exprimer le souffle épique souhaité par Ariane Mnouckine, accompagné par les ponctuations musicales de Jean-Jacques Lemêtre. Cette nouvelle création envoûtante du Théâtre du Soleil, semble répondre à une définition de Brecht, “ La fable est expliquée, bâtie, exposée par le théâtre tout entier, par les comédiens, les décorateurs, les maquilleurs, les costumiers…” Ce n’est pas là son moindre mérite.

Macbeth, tragédie de William Shakespeare, traduction et mise en scèce Ariane Mnouchkine, avec, dans les principaux rôles, Serge Nicolaï, Nirupama Nityanandan, Maurice Durozier, Martial Jacques, Sébastien Brottet – Michel, Vincent Mangado. Musique Jean-Jacques Lemêtre, lumière Elsa Revol, sons Thérèse Sprili, Marie-Jasmine Cocito, costumes Marie-Hélène Bouvet, Nahalie Thomas, Annie Trau, Simona Grassano, Elodie Thomas, accessoires Erhard Stiefel. Texte publié aux Editions Théâtrales. (4h entracte compris)
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Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 13 juillet, puis à partir du 8 octobre 2014.

Photos ©Michèle Laurent

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