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Critiques / Théâtre

La Trilogie Ferdowsi de Farid Paya

par Gilles Costaz

Les chansons de geste de l’Iran

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D’origine iranienne, Farid Paya se penche régulièrement sur les anciens récits persans. Il y a pour lui une mine : Le Livre des rois, somme grâce à laquelle un auteur du Xe siècle, Ferdowsi, a sauvé bien des légendes orales en les collectant et en les réécrivant. Paya en a tiré une trilogie, dont il présente les deux nouveaux volets. Dans La Tragédie de Siavôsh, Siavôsh est étonnamment un anti-héros. On comprend que Paya ait privilégié finalement ce personnage plus moderne qu’antique, à l’intérieur d’un conte qui n’est pas sans rappeler la tragédie de Phèdre . Fils du roi d’Iran, en un temps où deux empires – l’Iran et le Touran - se disputent le pays, Siavôsh est fort séduisant ; une de ses belles-mères (car son père a plusieurs épouses) cherche à obtenir ses faveurs. Rejetée, elle se venge en déclarant à son mari que Siavôsh a voulu abuser d’elle. Soumis à l’épreuve du feu, le jeune homme passe sans être brûlé à travers le brasier. Il a fait la preuve de son innocence. A la guerre amoureuse il préfère un moment la guerre militaire puisqu’il part conduire l’armée de son père contre les forces du roi rival. Il remporte le combat mais n’accepte pas la violence au nom de laquelle son père lui demande de tuer ses otages. Il quitte le monde militaire et politique pour défendre en solitaire l’esprit de la paix.
Il n’y avait pas de théâtre dans l’Iran ancien. Paya imagine une forme dramatique correspondant à ces légendes, en effectuant un double travail d’écrivain et de metteur en scène. Celui-ci passe par une part importante du dialogue transformée en chants, un dépouillement du plateau et des costumes (ce qui n’exclut pas l’éclat des couleurs), un jeu très stylisé et un accompagnement musical. Ainsi la scène se réduit-elle à un espace nu à l’arrière duquel est placée une estrade de bois fermée par une toile de soie. Les techniques de jeu sont partiellement inspirées des arts martiaux, comme les costumes sont conçus dans le souvenir des miniatures persanes. Ce sont sans doute les scènes de combat (sans armes le plus suvent, tout est dans le geste et la suggestion) que le style est le plus affirmé et le plus fascinant. Les autres moments sont plus classiques, joués par des interprètes aux intonations sobres et calculées. Peut-être y a-t-il trop de textes, tant les parties gestuelles sont à elles seules claires et convaincantes. Ce joli théâtre post-persan, au tempo un peu lent, permet d’être de plain pied dans ce qui était l’équivalent de nos chansons de geste : c’est héroïque, avec en arrière-plan une belle méditation sur l’héroïsme.

La Trilogie Ferdowsi de Farid Paya, deux spectacles : La Tragédie de Siâvosh, Rostam et Esfandiâr. Texte et mise en scène de Farid Paya, musique de Bill Mahder, costumes d’Evelyne Guillin, scénographie de Farid Paya et Evelyne Guillin, lumières de Jean Grison, avec Vincent Bernard, Cédric Burgle, Guillaume Caubel, Marion Denys, Jean-Matthieu Hulin, Sylvain Drouet, Thibault Pinson, David Weiss.

Théâtre de l’Epée de bois, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 48 08 39 74, jusqu’au 29 juin. (Durée : 1 h 40 et d 2 h).

Photo Agathe Poupeney, PhotoScene.fr

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