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Critiques / Opéra & Classique

La Passion selon Sade de Sylvano Bussotti

par Caroline Alexander

En images et musiques, les drôles de spasmes de l’orgasme

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« Déconseillé aux moins de 16 ans » : en un temps, le nôtre, où le sexe est enseigné dans les écoles, ce type d’avertissement est généralement réservé au cinéma pornographique. Affiché dans le mythique théâtre de l’Athénée où travailla Louis Jouvet et dont Patrice Martinet, son actuel directeur, a fait l’un des phares de la création théâtrale et musicale, l’avis est plutôt déconcertant.

Le titre de l’œuvre inspiré du divin marquis, prédicateur des dérives du corps, annonce à lui seul la couleur du sujet. L’heure musicale qui lui est consacré remplit son office. Mais son parfum de scandale s’est évaporé dans le temps. Il éclata bel et bien en 1965 quand ce « mystère de chambre avec tableaux vivants » du compositeur florentin Sylvano Bussotti (né en 1931) fut créé à Palerme. C’est dans les notes que Bussotti concentre sa provocation, dans la construction graphique de sa partition, dans ses audaces sérielles gambadant dans la volupté des accords et des corps. Car le texte du livret emprunté à un sonnet de la poétesse médiévale Louise Labé (1524-1566) – Ô beaux yeux bruns » - est de pure poésie, une poésie caressante où chaque vers commence par la lettre O, ronde et lisse comme un câlin.

Si l’écoute et la lecture de textes érotiques et de leurs musiques sont de bons tremplins pour l’imagination de chacun, leur transposition scénique relève d’un certain défi. Qu’affronte T&M-Paris son producteur, l’Ensemble Multilatérale, son chef Léo Warynski et Antoine Gindt, son metteur en scène.

De commun accord, ils ont ceinturé la partition de Bussotti d’un prélude et d’un épilogue trouvés dans « La Philosophie dans le boudoir » de Sade. Le discours d’ouverture « Français encore un effort si vous voulez être républicains » clamé en tribun par le comédien Éric Houzelot n’a rien perdu de sa pertinence politicienne. Et, en prélude à la musique de Bussotti, une « sonate érotique » pour orgue du compositeur tchèque Erwin Schulhoff (1894-1942) introduit le personnage de la femme, ses formes sensuelles et la volupté d’une voix dont les vocalises vont tracer les tourbillons de l’orgasme.

Nu, puis recouvert d’un peignoir, le comédien Éric Houzelot se fait l’ombre du marquis, celui qui subit tandis que la fine, brune soprano portugaise Raquel Camarinha s’empare du personnage de Justine-Juliette la femme fatale (le rôle fut créé par l’inoubliée Cathy Berberian), madone et putain, prêtant la flexibilité de son timbre aux saccades de l’ivresse sexuelle.

Perchés sur scène les instrumentistes de l’Ensemble Multilatérale apparaissent et disparaissent selon les allers-retours du rideau vert qui les isole et qui, d’une certaine façon, scande l’intimité des duos amoureux. Certains d’entre eux, comme celui de la flûte traversière se mêlent à leurs ébats. Léo Warynski les dirige en discrétion et précision.

Après Nîmes où le spectacle fut créé puis Strasbourg qui le programma dans son festival Musica, la petite heure de leur leçon de libido a fait une halte pour quatre représentations sur la scène de l’Athénée à Paris. Sans provoquer de trouble, ni d’émoi.

La Passion selon Sade
, musique et texte de Sylvano Bussotti d’après La Philosophie dans le boudoir du marquis de Sade. Ensemble Multilatérale, direction Léo Warynski, mise en scène Antoine Gindt. Avec Raquel Camarinha, soprano et le comédien Éric Houzelot.

Théâtre de l’Athénée à 20h du 23 au 26 novembre 2017.

Photos Sandy Korzekwa

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