Accueil > La Chambre 100 de Vincent Ecrepont

Critiques / Théâtre

La Chambre 100 de Vincent Ecrepont

par Gilles Costaz

Une pietà du XXIe siècle

Partager l'article :

Ils sont cinq en scène, mais beaucoup plus, car ces trois femmes et ces deux hommes - qui s’adressent d’abord à nous comme un choeur - représentent cette immense humanité qui nous côtoie et que nous préférons « aimer » sans la voir, soutenir en nous reposant sur la médecine. L’une de ces femmes est jeune, mais ils sont tous en fin de vie. Ils pourront être sauvés pendant quelque temps, mais ils sont en rémission, rétablis, métamorphosés et aussi atomisés par les traitements. Ils regardent leur corps qui a changé, repensent à leur vie passée, parlent de leur relation avec leur conjoint et la famille, évoquent les produits et les soins qui leur ont été prodigués, effleurent la question de leur sexualité réveillée ou devenue impossible, se rebellent parfois contre le personnel médical (pourquoi leur dit-on « on » - on va être gentil et venir à la consultation – et non « vous » ?), affrontent l’ennui, la solitude et la dernière échéance...
Vincent Ecrepont a recueilli les confidences de personnes hospitalisées à un stade où la maladie a commis des ravages quasi irréversibles. Il a écouté ces malades longtemps, pour faire une pièce très courte dont la création remonte à 2006 et dont la reprise est une belle opportunité pour ceux qui aiment voir et entendre dans le même mouvement l’âme et le corps. Car tous ces aveux, réécrit dans une langue qui associe d’une belle manière l’humain et le médical, viennent du plus profond de l’être humain en un moment où la vie et la mort se font face dans une conscience qui cherche la plus profonde lucidité. Sur le plateau, les rares éléments en place sont des barrières de métal, dont la froideur transcrit celle des couloirs d’hôpital et des fléchages guidant les uns et les autres. Les acteurs, Pierre Giraud, Jana Klein, Ariane Lagneau, Philippe Quercy, Josée Schuller. sont admirables, car ils sont tous différents, et chacun dans une vérité pudique qui s’exprime dans la parole en solo et les gestes en relation d’autrui. La mise en scène de Vincent Ecrepont fait frôler, se côtoyer, se toucher (à peine) ces rescapés qui ne sont jamais des fantômes, des réprouvés, mais nos frères, nos sœurs, d’une belle noblesse. Les corps semblent flotter dans une dernière quête d’amour. Le spectacle est beau, touchant, suspendu comme le sont les pietà.

La Chambre 100 de Vincent Ecrepont, mise en scène de l’auteur, collaboration artistique de Laurent Stachnik, , collaboration chorégraphique d’Olivia Grandville et Benoît Lachambre, scénographie et costumes d’Isabelle Deffin, lumières de Philippe Lacombe, son de Fanny de Chaillé, avec Pierre Giraud, Jana Klein, Ariane Lagneau, Philippe Quercy, Josée Schuller.

Les Déchargeurs, 19 h 30, tél. : 01 42 36 70 56, jusqu’au 1 avril. Texte aux éditons L’Harmattan. (Durée : 1 h).

Photo Michel Cavalca.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.