Deux concerts-spectacles des Folies Musicales au Châtelet les 9 et 11 mai
Quand Erik Satie et John Cage alternent avec Berlioz
Étranges spectacles d’un caractère musical frustrant.
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- 14 mai
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- Opéra & Classique
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LE « FESTIVAL LES FOLIES MUSICALES » DU CHÂTELET (du 6 au 11 mai dans sa deuxième édition) se veut une approche inhabituelle, originale voire iconoclaste de la musique. Ce qui ne va pas sans hauts et bas…
Le concert du 9 mai intitulé « Rideau ! » (en référence au rideau de scène conçu par Picasso pour Parade de Satie en ce même Châtelet en 1917, et qui ouvre fugitivement la soirée), associe Erik Satie (1866-1925) et John Cage (1912-1992). A priori une bonne association, quand on sait que le compositeur étatsunien s’était revendiqué de la filiation du Français Satie, dont sa musique renoue avec le caractère allusif. Se succèdent ainsi une série de pièces quelque peu entremêlées des deux compositeurs. Toutefois, pour l’occasion ces œuvres sont arrangées et remaniées (et orchestrées) par deux compositeurs actuels, Othman Louati et Philippe Hattat (ce dernier également au piano), en sus de pages de leur propre composition commandées spécialement. Afin certainement de répondre à l’effectif particulier (la quinzaine d’instrumentistes) de l’ensemble Les Apaches ! qui officie pour la soirée, quelque peu étoffé d’une électroacoustique (par Thibaut Lescure).
C’est ainsi que Satie confronté à Cage résultent malencontreusement indifférenciés*. La direction de Julien Masmondet (directeur des Apaches !) n’en est pas moins bien menée. On note aussi le jeu des objets du quotidien bien percutés (par Rémi Fox) en référence à l’esprit de Cage (pour son esthétique de musique concrète ou ses pianos préparés et ici Living Room Music). S’ajoute une animation scénique, à la charge de Gordon et Sarah Silverblatt-Buser, pourvue de projections citant notamment les titres des œuvres succédées, et aussi d’une danseuse (Sarah Silverblatt-Buser elle-même) se contorsionnant en avant des interprètes musiciens tous réunis sur le plateau. La soirée s’achève par 4’33’’ de Cage, œuvre datée de 1952, qui a cette particularité – unique ! – de ne délivrer que du silence. À l’image de l’esprit de ce concert qui entend jouer dans la particularité.
Berlioz imaginé
Le spectacle du 11 mai (qui clôt les « Folies Musicales), intitulé « Berlioz Trip Orchestra », réunit l’Orchestre de chambre de Paris et un comédien (Régis Boyer) pour évoquer la figure de Berlioz à travers sa Symphonie fantastique. Ce spectacle, sous l’égide de la Compagnie Vivant !e, a fait l’objet d’une tournée dans différents lieux (le plus souvent sans orchestre). La mise en scène revient à Géraldine Aliberti-Ivañez qui est aussi l’autrice du texte débité par le comédien au cours de sa constante présence. Ce dernier tourne autour des musiciens dans des gestiques de circonstance devant un rideau recevant quelques images évocatrices (vidéo de Arnaud Kehon). Et c’est à peu près tout de la mise en scène. Curieuse soirée !
Le texte narré avec conviction par le comédien (qui ressemble étonnamment à Berlioz, notamment pour sa chevelure ébouriffée) n’est pas de Berlioz lui-même, mais de propos qui lui sont prêtés et inventés dans son comportement face à sa symphonie avec une allusion à ses amours pour l’actrice Harriet Smithson (qui, il est vrai, inspira cette symphonie avant de devenir l’épouse du musicien). Un peu longuet. On aurait mieux souhaité un texte véritablement tiré des écrits mêmes du compositeur (nombreux et qui s’y seraient appropriés, dont le programme même de sa symphonie). L’orchestre (sous la direction sans histoire de Barbara Dragan) se contente d’extraits de ladite Symphonie fantastique (au dessus de bruitages par haut-parleurs conçus par Léo Magnien) le plus souvent sous forme de fragments dépecés de l’œuvre, avant toutefois le dernier mouvement (Songe d’une nuit de Sabbat) intégralement pour enfin bien terminer la soirée. Quelque peu frustrant ! On sort ainsi décontenancé de ce spectacle étrange à plus d’un titre.
* Pour le caractère particulier et l’esthétique de Satie, on pourra se reporter au récent ouvrage de notre collaborateur Christian Wasselin : Erik Satie chez Gallimard (collection Folio biographies). Ce même Christian, qui vient de se voir décerné le Prix Pelléas-Radio Classique au café Les Deux Magots à Paris, pour son livre Alban Berg, une biographie fantastique (Le Condottière éditeur). Couronnement justifié !
Illustration : Les Apaches (photo Quentin Chevrier). Régis Boyer (photo dr)
« Rideau ! ». Œuvres d’Erik Satie, John Cage, Othman Louati et Philippe Hattat. Animation scénique de Gordon et Sarah Silverblatt-Buser (également danseuse). Ensemble Les Apaches !, dir. Julien Masmondet. Paris, Théâtre du Châtelet, le 9 mai.
« Berlioz Trip Orchestra ». Extraits de la Symphonie fantastique de Berlioz. Orchestre de chambre de Paris, dir. Barbara Dragan. Mise en scène : Géraldine Aliberti-Ivañez. Avec Régis Boyer (comédien). Paris, Théâtre du Châtelet, le 11 mai 2026.



